Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 27 octobre 2018
( Luc 13, 1-9 )
À la une du journal de Jérusalem aujourd’hui, deux grosses nouvelles :
« Pilate a ordonné le massacre de Galiléens pendant qu’ils offraient des sacrifices dans le Temple » ; « la tour de Siloé entraîne la mort de 18 personnes dans sa chute. »
Dans ce genre d’évènements, on cherche souvent des coupables. Si des Galiléens sont massacrés, c’est la faute de Pilate qui voulait faire sentir son pouvoir. Si la tour est tombée, c’est parce que l’entrepreneur a été négligent ou que les responsables ont négligé de l’entretenir. Parfois, on pousse encore plus loin en mettant la responsabilité des malheurs sur le dos du Bon Dieu. Pour les juifs du temps, comme malheureusement bien des chrétiens encore aujourd’hui, les malheurs qui s’abattent sur le monde sont des punitions du Bon Dieu à cause des péchés qu’on a pu commettre. Ce n’est pas de l’histoire ancienne. Il y a des gens qui ont affirmé que la tornade qui a frappé la ville de Gatineau était une punition du Bon Dieu.
Ce n’est pas rare qu’on voie dans les épidémies, les génocides, les épreuves une punition du Bon Dieu. Les apôtres aussi pensaient ainsi, mais ce n’était pas l’opinion de Jésus. Un jour, voyant un aveugle de naissance, les disciples lui avaient demandé « Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? » et Jésus de leur répondre, « ni lui, ni ses parents ». On croyait bien, à l’époque, que toute maladie, toute infirmité étaient des conséquences d’un péché. « Ni lui, ni ses parents », dit Jésus.
Et comme pour mieux illustrer sa réponse, Jésus raconte une petite parabole, l’histoire d’un homme qui possédait un figuier qui ne produisait pas de fruit. Et puisqu’il ne porte pas de fruit, il demande à son vigneron de le couper, mais celui-ci lui propose plutôt de patienter, le temps qu’il en prenne bien soin. Ce vigneron ne veut pas la mort du figuier, mais qu’il vive. C’est bien clair que ce vigneron, ce jardinier de l’espérance, c’est Jésus lui-même.
Si se convertir, ça veut dire changer de vie, ça veut dire aussi apprendre à regarder le jardinier de l’espérance qui n’est pas un Dieu vengeur ou punisseur, qui n’est pas un Dieu qui veut la mort, mais qui veut la vie. Cette petite parabole nous révèle que le vigneron de l’espérance est extrêmement patient envers nous et qu’il ne cesse de nous faire confiance. Il y a là une invitation à ne pas nous décourager devant nos propres stérilités. Connaissant nos fragilités et nos faiblesses, la petite parabole nous révèle que Dieu ne veut pas nous punir, mais nous faire vivre.
Au moment où nous sommes réunis pour célébrer l’eucharistie, le vigneron, Jésus, vient nous rencontrer pour demander à Dieu d’être patient envers nous, pour bêcher autour du figuier que nous sommes, pour nous amener à produire du fruit. Il souhaite en même temps qu’on ne prenne pas des chemins de condamnation envers les autres, mais des chemins de libérations, des chemins d’amour, de patience, de tendresse et de pardon comme lui l’a toujours fait.
