Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 27 juin 2020 – Matthieu 8,5-17
On a souvent loué cet officier supérieur qui fait preuve d’humanité envers son serviteur malade; on a souvent reconnu l’humilité de cet homme important qui vient trouver Jésus; on est souvent dans l’admiration devant la foi tranquille et audacieuse de ce soldat.
On a lu cet évangile des centaines de fois. Et même si on y a déjà trouvé plein de richesses, je suis toujours étonné des découvertes qu’on peut encore y faire.
Aujourd’hui, Jésus nous révèle que Dieu est prêt à « craquer », à se laisser attendrir, à céder, devant quelqu’un qui prie à temps et à contretemps et qui reste fidèle dans la prière. Jésus ne peut pas résister, il « craque » devant cet officier qui commandait cent soldats et qui lui dit : « Seigneur, je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit, mais dis seulement une parole et mon serviteur sera guéri. » « Seigneur, je ne suis pas digne ». Notons que ce soldat est un étranger, un occupant romain, un non juif, un païen. Jésus constate avec émerveillement que des gens qui sont très loin de Dieu font une démarche qui va bien plus loin que celle des plus fidèles.
Aujourd’hui encore, des étrangers frappent à notre porte. Des membres d’autres religions cherchent à connaître le message de l’évangile. Des mal-croyants, des indifférents, des gens qui sont très loin de la foi sont présents à nos assemblées. Peut-être sont-ils plus attentifs qu’on le pense à ce qui est dit et vécu. Comment les accueillons-nous?
À un moment donné, avec un couple, en paroisse, je rencontrais une femme qui faisait le plus vieux métier du monde et qui se trouvait enceinte. L’homme qui vivait avec elle voulait qu’elle se fasse avorter; c’est elle qui le faisait vivre, mais elle voulait à tout prix avoir son enfant. Elle en était au bout de la corde et se demandait comment en sortir. À un moment donné, au fils de la conversation, elle disait qu’elle faisait une prière tous les jours en disant le psaume 22. Je me suis dit, « je vais aller voir après ce que dit le psaume 22. » Elle avait peut-être compris mon interrogation, elle dit, c’est la prière qui dit : « Le Seigneur est mon berger, rien ne saurait me manquer ». Je pense que sa prière valait bien celle du centurion. En tout cas, j’ai vu par la suite que le Seigneur s’était occupé d’elle, qu’elle avait eu son enfant. Elle avait pris un cours d’infirmière.
Des jeunes demandent le baptême, d’autres veulent se marier à l’église. Je crois que, à travers ces demandes, Jésus nous fait signe et que, souvent, il faut savoir s’émerveiller devant eux comme Jésus s’émerveille devant le soldat qui vient le rencontrer.
En paroisse, on demandait aux couples qui avaient un enfant, de se préparer au baptême. On leur permettait à l’occasion de faire baptiser leur enfant même si les préparations au baptême n’étaient pas terminées. Un de ces couples me téléphonent le samedi pour me dit que leur enfant qui devait être baptisés le lendemain, était mort de la maladie du berceau. Malgré cela, ils étaient présents à la préparation suivante. Ils disaient aux autres étonnés : « On avait compris que la préparation, ce n’était pas pour notre enfant mais pour nous. » Toute une leçon pour les autres parents présents.
La foi des autres est parfois surprenante comme celle du centurion. Cette foi nous nous grandir, devenir meilleur, nous édifie. Demandons au Seigneur de nous aider à progresser sur ce chemin de la foi. Et qu’il nous aide à être des témoins de la foi et de l’espérance.
