Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 27 avril 2020 – Jean 6,22-29 – Sainte Zita de Lucques
« Travaillez non pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui demeure jusque dans la vie éternelle. »
Je ne vous apprendrai pas grand-chose ce matin, mais cette phrase de Jésus m’ouvre la porte pour vous parler de Sainte Zita de Lucques tout en nous rappelant que Éléonore Potvin, votre fondatrice, reçut d’abord le nom de Sœur Zita de la Fraternité du Tiers-Ordre de Saint François ; plus tard, elle deviendra plus tard Sœur Marie-Zita-de-Jésus. J’imagine qu’elle a dû se reconnaître pas mal dans Sainte Zita de Lucques.
Le concile Vatican II nous a rappelé que la sainteté est pour tous et qu’elle peut s’acquérir en accomplissant les plus humbles tâches.[1]
Sainte Zita naquit dans une famille de pauvres paysans. Toute son éducation religieuse se résume en quelques mots : « Cela plaît à Dieu; cela déplaît à Dieu ». À l’âge de dix-huit ans, de riches personnes, séduites par sa gentillesse, proposèrent à ses parents de la prendre chez eux comme servante. Ceux-ci acceptèrent avec joie. Zita travailla dans cette maison jusqu’à la fin de sa vie.
Ainsi Éléonore Potvin, cette jeune fille réfléchie, d’une ferveur rayonnante, inspire à l’abbé Alexis-Louis Mangin une telle confiance, qu’il l’engage sur-le-champ. Ménagère et sacristine, Éléonore mène une vie de recluse, ne sortant que pour se rendre à l’église. Elle refuse toute rémunération pour son travail.
Sainte Zita n’avait demandé à sa maîtresse qu’une seule faveur : aller tous les matins dans l’église la plus proche. Elle prélevait le temps de sa prière sur son sommeil et non sur son ouvrage. Avant le lever du soleil, elle élevait son âme à Dieu, et lui offrait comme autant de moyens de sanctification toutes les occupations de la journée qui commençait. Un jour, pendant une de ses ferventes oraisons, le temps s’écoula de telle sorte qu’au moment où elle quittait l’église, le soleil déjà haut au-dessus de l’horizon lui rappela qu’elle avait dépassé l’heure où elle devait faire un ouvrage indispensable : c’était la préparation (ou la fourniture) du pain nécessaire à toute la maison. Elle se hâta de gagner le logis, se reprochant intérieurement la négligence de son devoir : quand elle arriva, elle trouva toute la pâte préparée et le feu allumé. Elle était convaincue qu’une autre servante, désireuse de lui épargner une réprimande, avait voulu faire sa besogne en son absence, mais quand elle tenta de trouver à qui adresser ses remerciements, personne ne sut ce qu’elle voulait dire, car personne n’avait songé à lui rendre ce service. Dans la simplicité de son cœur, elle en conclut que Dieu avait accordé cette faveur à sa servante qui avait tout oublié pour lui.[2]
Toute jeune encore, on voit Éléonore Potvin, hiver comme été, toujours à jeun, franchir à pied, très tôt le matin, les six milles qui la séparent de l’église. Après une Action de grâce prolongée, elle reprend la route et rentre à la maison à l’heure du dîner.
Zita ne se laissa pas passivement sanctifier ; des saints de ce genre n’existent pas, la sainteté suppose toujours une réponse à la grâce qui invite. Chargée par ses maîtres de donner des aumônes aux pauvres, elle y ajoutait ce qu’elle retranchait sur ce qu’elle recevait elle-même, se privant afin de réjouir le cœur des miséreux… et le cœur de Dieu. Il lui arriva de donner son lit à de pauvres femmes sans abri, et de prendre son repos par terre, à même le sol. Elle prenait sur son sommeil afin de trouver du temps pour la prière.
Elle eut évidemment ses épreuves. Nous avons déjà vu amplement dans ces notices que l’épreuve est une des nourritures de la sainteté, et qu’elle ne manque jamais sur la table. Comment une telle vie n’aurait-elle pas suscité la jalousie d’autres servantes ? C’est tellement humain. Mais Zita acceptait en silence les reproches que lui faisait injustement sa maîtresse à la suite de faux rapports. Puis elle remerciait en embrassait la compagne de service qui l’avait calomniée. Elle mourut aussi simplement qu’elle avait vécu, le 27 avril 1278.
Vraiment ces deux femmes ont répondu à l’invitation du Seigneur dans la plus grande simplicité : « Travaillez non pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui demeure jusque dans la vie éternelle. » Plus encore, elles ont accompli leur travail en croyant en Jésus ressuscité : « L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé. »
[1] Une grande partie de ce texte est tiré du livre « Le saint du jour », de Marcel Driot.
[2] Voir le site Internet : Sainte Zita de Lucques — missel.
