Mgr J-C. Dufour- 26 septembre 2020 – Les martyrs canadiens – Jean 12,24-26

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 26 septembre 2020 – Les martyrs canadiens – Jean 12,24-26

 

La fête d’aujourd’hui est moins l’occasion réfléchir sur le passé et bien plus le rappel d’un événement pour nous permettre de contempler un chemin toujours actuel. Autrement dit, il s’agit moins de savoir qui étaient Jean de Brébeuf, Isaac Jogues et leurs compagnons et bien plus une occasion de se demander qu’est-ce qu’ils nous disent aujourd’hui. Quelle parole veulent-ils nous enseigner ?

Chez mon grand-père, il y avait une vieille bâtisse. On y allait parfois, les jeunes. Au deuxième étage, il y avait un grand carré plein de grains de blé. S’ils avaient pu parler, ils nous auraient sans doute dit qu’ils n’étaient pas heureux de se trouver là. Ils nous rappelleraient qu’ils ont été faits pour être mis en terre et porter du fruit à raison de 30, 60 ou 100 pour un.

Jésus nous dit aujourd’hui que tout ce qu’il a vécu et toutes les heures de sa vie l’ont conduit à cette heure dont nous parle l’évangile, à l’heure du grain de blé qui meurt pour donner beaucoup de fruits, qui inaugure une moisson abondante, vraiment du 100 pour un. C’est d’un nouveau commencement, l’heure d’une ère nouvelle, d’un âge nouveau.

Je vous disais tantôt que les martyrs canadiens nous donnaient l’occasion de contempler un chemin toujours actuel. L’histoire du grand de blé qui meurt et qui donne beaucoup de fruits est, on ne peut plus, actuelle.   Ceux qui sont persécutés, tués, chassés, dépouillés par le simple fait d’être chrétiens sont plus nombreux qu’aux premiers siècles de l’Église.

Les martyrs canadiens appartiennent à cette génération qui a vécu dans leur corps l’histoire du grain de blé. Charles Garnier, l’un d’entre eux, disait que tous se voyaient comme une hostie qui est à immoler.   Armées d’une foi solide et d’une charité qui brûlait leur cœur, ils parcouraient de nombreux kilomètres dans des canots fragiles pour rejoindre ceux qui habitaient le pays depuis longtemps. L’un d’entre eux, Jérôme Lalemant, disait que ces martyrs cachaient autant de vertus qu’on peut en trouver dans les cloîtres.

Ces hommes qu’on appelait les robes noires n’avaient qu’une priorité, jeter une semence dans les cœurs. Leur manière de vivre a été une semence qui a séduit les premiers habitants. On appréciait leurs paroles pleines de gros bon sens, leur empressement d’aller vers tout le monde sans exception. C’est ça annoncer l’évangile, avoir la foi qui agit. Aujourd’hui nous récoltons la floraison qui se voit dans ce combat pas toujours réussi d’une manière de vivre faite de bonté, d’entraide,

Qui aurait pu soupçonner que la souffrance de ces martyrs serait rejointe à notre époque par d’autres martyrs de la foi. On peut penser à ces hommes et femmes jetés à la mer parce que chrétiens, à ceux qui souffrent dans les prisons parce que chrétiens, à tous ces gens qui ont été cohérents avec leur foi.

Il n’y a pas de semence sans floraison. Il n’y a pas de vie spirituelle sans ressemblance à Jésus, sans mourir à soi-même, sans détruire en nous un certain nous-mêmes qui est né avec nous, disait Marie de l’Incarnation. Il n’y a pas de vie de foi sans persécution.

« Si le grain de blé meurt, il portera beaucoup de fruits ». C’est le chemin que nous offre maintenant l’eucharistie qui nous invite à changer de vie.   Celle que nous donnons n’est rien si nous contemplons celle que nous recevons dans ce pain. Il y a une disproportion inouïe entre la vie que nous donnons et celle d’une vie pleine, d’une vie de ressuscitée que nous recevons en retour. « Qui mange de ce pain ne mourra jamais ».

 

Je vous souhaite un bon jour de retraite. Rappelons-nous, ce que nous donnons n’est rien à côté de ce que nous recevons.