Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 26 juillet 2020 – 17e dimanche ordinaire – Matthieu 13,44-52
Je ne sais pas si vous connaissez les films de Don Camillo, ce fameux curé de campagne, toujours aux prises d’une manière savoureuse, avec le maire du village qui était communiste! Toujours est-il qu’un bon soir, comme il le faisait souvent, Don Camillo s’en va à l’église pour jaser avec le Seigneur. Il est très content parce qu’il vient de trouver un portefeuille bien garni et il veut dire merci au Seigneur. Mais le Seigneur ne veut rien savoir de ses remerciements parce que, s’il les accepte, il devra aussi accepter les reproches de celui qui l’accusera de lui avoir fait perdre son portefeuille.
Je trouve que c’est une belle petite leçon sur la prière! On vient de lire, dans la 1e lecture la prière du roi Salomon qu’on continue de lire après 3000 ans, une prière qui est restée dans la mémoire du peuple d’Israël comme un modèle de prière. Une autre belle leçon sur la prière!
Mais, en lisant cette prière, on risque de se leurrer un peu, d’attribuer au roi Salomon toutes les qualités du monde, surtout qu’il était un grand roi. On pourrait penser que juste un saint est capable de faire des prières pareilles.
Mais, je vous garantis que ce n’était pas un saint, le roi Salomon! Pendant un bout de temps, il a laissé ses trois frères plus vieux que lui, se faire la guerre pour avoir le pouvoir. Et au moment où l’un d’eux semblait emporter la victoire, Salomon s’est arrangé pour usurper le pouvoir en vitesse. Et aussitôt sacré roi, il s’est organisé pour éliminer ses adversaires le plus tôt possible. C’est cet homme-là, loin d’être un saint, qui prononce une si belle prière! Une prière qui est un modèle l’humilité et de confiance : « Je suis un jeune homme, incapable de diriger; donne à ton serviteur un cœur attentif… » Ça fait penser à un certain publicain que Jésus avait décrit dans une parabole, se présentant au temple pour prier.
Quand on se présente à l’église, le dimanche, pour prier, la liturgie nous offre des textes pour qu’on soit capable nous aussi, comme Salomon, d’exprimer une prière humble et confiante. Je pense à ces phrases que nous disons peut-être d’une façon trop routinière : « Seigneur, prends pitié… Je ne suis pas digne de te recevoir… »
On n’est pas des saints nous non plus! Notre vie est un mélange d’ivraie et de bon grain comme nous le disait l’évangile de dimanche dernier! Nous portons un trésor dans des vases d’argile, comme nous disions hier. Pourtant nous sommes en mesure comme Salomon d’exprimer, de tout notre cœur, une prière humble et confiante. Comme Salomon, nous pouvons saisir que Dieu continue à donner et à pardonner, quelque soit notre passé et si peu vertueux soit-il.
Il avait quand même du mérite, le jeune roi! Il avait compris que ce ne serait pas facile de gouverner, qu’il aurait besoin d’une grande sagesse, que celle-ci était comme la perle rare ou le trésor de l’évangile, et que seul Dieu détenait les clés de la vraie sagesse. « Donne à ton serviteur un cœur attentif pour qu’il sache gouverner ton peuple, et discerner le bien et le mal » On pourrait se servir de la prière de Salomon pour prier nous aussi! Pourquoi ne pourrait-on pas demander au Seigneur la sagesse nécessaire, le discernement qui permettrait d’être juste et sage.
Que demandons-nous dans notre prière? Quel trésor voudrions-nous trouver en labourant le champ de notre vie? Quelle est cette perle fine dont on a toujours rêvé? Jésus nous dit que c’est le Royaume des cieux.
Nous arrive-t-il de prier pour mieux découvrir Jésus et son Évangile comme un cadeau extraordinaire qui pourrait changer radicalement nos vies? Nous arrive-t-il de prier pour que le nom de Dieu soit sanctifié, reconnu comme un Père dans notre vie? De l’annoncer comme un Dieu qui prend soin des hommes et des femmes, comme Celui qui porte le souci de ses enfants? Nous arrive-t-il de demander au Seigneur de nous montrer le chemin du salut, de nous donner son Esprit d’amour.
Nous arrive-t-il de prier, pas pour que le Seigneur fasse notre volonté, mais pour que sa volonté à lui soit faite? De lui demander de faire de son Église un lieu de vérité et de liberté, de justice et de paix? De nous inspirer la parole qui convient dans des situations difficiles, de nous donner le courage du geste fraternel?
N’attendons pas d’être des saints pour prier! Ne pensons pas que le Seigneur écoute seulement les prières de ceux et celles qui sont des modèles de vie! L’évangile nous apprend que le Seigneur écoute les prières humbles et confiantes, et qu’il répond à ces prières d’une manière qui dépasse ce qu’on peut imaginer. On avait une belle leçon sur la générosité de Dieu qui continue à donner et à pardonner même à ceux et celles qui ne sont pas des saints.
