Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 26 avril 2020 – 3e dimanche de Pâques – Luc 24,13-35
Ce matin, nous sommes appelés à vivre la même aventure que Cléophas et l’autre disciple. Comme eux, nous lisons les Écritures qui nous parlent de Jésus, et nous entendrons Jésus lui-même nous parler. Ensuite, comme il a fait pour eux, il va nous rompre le pain.
Alors, laissons-nous entraîner là où Jésus veut nous conduire. Accompagnons-les dans leur approche de Jésus ressuscité à partir du moment où Jésus leur réchauffe le cœur jusqu’au moment où leurs yeux s’ouvrent pour découvrir Jésus jusqu’à dire : il est là, c’est bien lui !
Au moment où Jésus les rejoint sur la route, les deux disciples vivent une grosse déception, comme ces épreuves qui font partie de nos vies. Toute leur vie était basée sur l’attente d’un libérateur politique ; ils pensaient l’avoir trouvé en Jésus, mais il est mort une croix. Ils sont plongés dans un souvenir douloureux, tous leurs espoirs sont déçus. Aussi, ils sont tristes, on peut les comprendre.
Mais le chemin qui les conduit vers leur village, grâce à leur nouveau compagnon, va devenir un moment de grâce. Une incursion à travers les Écritures va les amener à comprendre ce qui est arrivé à Jésus. En effet, les prophètes avaient annoncé que le Messie devait souffrir tout cela avant d’entrer dans son Royaume. « Ne fallait-il pas que le Christ souffrît tout cela pour entrer dans la gloire » ?
Au fond, l’étranger qui marche avec eux leur fait comprendre que pour connaître ou reconnaître Jésus, il faut d’abord le découvrir dans les Écritures, à partir de Moïse et de tous les prophètes. Ils ne reconnaissent pas encore l’étranger qui marche avec eux, mais c’est Jésus. Il se rend présent par sa Parole, il leur réchauffe le cœur, peu à peu il les engendre à la foi que, bientôt ils vont pourvoir communiquer aux autres.
C’est frappant de réaliser combien il y a de paroles dans cet évangile qui cherchent à les amener à la foi : les anges déclarent que Jésus est vivant, les femmes qui ne cessent de le répéter, les prophètes qui l’avaient annoncé, les onze qui le confirment, et surtout Jésus lui-même qui explique et interprète les Écritures. Tous ces témoins de la Résurrection, nous pouvons les interroger dans le livre des Écritures.
Nous sommes invités à faire la même expérience que les deux disciples au contact de la Parole de Dieu. C’est dans la Parole de Dieu et grâce aux témoignages des Apôtres que nous pouvons reconnaître le Seigneur ressuscité. Qui d’entre nous ne connaît pas une Parole de Dieu qui lui réchauffe le cœur ? Il y a un petit moment, je vous ai raconté le témoignage d’une femme et d’un homme qui avaient découvert une petite Parole de Dieu qui les faisait vivre.
Mais pour qu’il y ait une véritable rencontre, il y a encore une étape à franchir : il faut que la parole devienne chair et nourriture. Alors, après avoir accepté l’invitation à souper des deux disciples, Jésus prend le pain, le bénit, le rompt et le leur donne : « alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards ». Oui, il peut disparaître à leurs yeux, parce que la fraction du pain demeurera le signe de sa présence et de sa victoire sur la mort. Ainsi l’Eucharistie est pour nous à la fois signe de l’absence du Christ, nous ne le voyons plus et signe de sa présence, nous le tenons entre nos mains.
Pour garder la mémoire de Jésus et de ce qu’il a fait pour nous, nous avons donc les Écritures qui nous permettent de rencontrer le Christ et la fraction du pain où nous pouvons le reconnaître. Mais il y a un troisième signe qui nous est offert pour affermir notre foi dans le Christ ressuscité. « À l’instant même, ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem. » Les deux disciples rejoignent leurs compagnons à Jérusalem. Avant même qu’ils puissent raconter leur aventure, ils apprennent que Simon, lui aussi, a vu le Seigneur. Et ainsi les uns et les autres peuvent se fortifier dans leur foi ; ils peuvent ensemble partager leurs expériences spirituelles. C’est la communauté, l’Église.
Les Écritures, le pain rompu, l’Église nous conduisent au Christ. Le Christ est lui-même un chemin, une route ouverte qui nous permet de passer à la foi. Saint Pierre nous disait dans la 2e lecture : « C’est bien par lui que vous croyez en Dieu ».
