Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 25 Mars 2019 – L’Annonciation du Seigneur
( Luc 1, 26-38 )
Ce que je vais vous dire dans mon homélie, ce matin, je viens de le découvrir moi-même. Je souhaite qu’il en soit de même pour vous parce que c’est une belle source de joie.
Ce qu’il faut à tout prix comprendre d’abord, c’est que la salutation de l’ange à Marie n’est pas qu’un simple rappel pour nous, mais d’abord et avant tout une Parole de Dieu qui vient nous rejoindre en notre temps.
Chaque jour, à l’heure du soir, nous chantons le Magnificat de Marie, un chant qui occupe une grande place dans l’Église et dans nos liturgies, un chant rempli de paroles qui nous rejoignent. Marie chante le Seigneur qui s’est penché sur elle, a fait des merveilles pour elle. Elle chante celui qui disperse les superbes, élève les humbles, comble de bien les affamés, qui se souvient de son amour, des promesses qu’il a faites au fils des âges. On peut se reconnaître dans ses paroles et voir comment elles nous rejoignent.
Mais quand Marie chante son Magnificat, elle vient tout juste d’en entendre un autre, un Magnificat qui a précédé le sien, le Magnificat de Dieu à son endroit à elle, quand il lui dit par son ange : « Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi .»
C’est ça aussi l’Annonciation, le Magnificat de Dieu à l’endroit de Marie, le Magnificat de Dieu qui célèbre la beauté de Marie, qui l’acclame, la magnifie.
L’Annonciation, c’est Dieu qui donne de la grandeur à « son humble servante », c’est Dieu qui invite Marie à se réjouir parce qu’il est toujours avec elle et que sa paix repose sur elle.
Avez-vous remarqué que, lorsque je vous salue au début d’une célébration, j’utilise souvent les derniers mots de la salutation de l’ange à Marie : « Le Seigneur est avec toi » ? Ces mots signifient pour nous la même chose que pour Marie. Ces mots nous glorifient en nous affirmant que Dieu nous offre d’entrer en communion avec lui.
« À cette parole, Marie fut toute bouleversée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation. »
En entendant le Magnificat de Dieu à son endroit, Marie est toute remuée intérieurement ; elle est bouleversée de se savoir ainsi choyée, de se savoir toute belle aux yeux de Dieu même si elle se sentait bien loin des mots de l’ange.
La salutation de l’ange qui est parole de Dieu, nous est adressée à nous aujourd’hui. Elle devrait nous bouleverser comme elle a bouleversé Marie.
Marie a accueilli avec humilité le magnificat de Dieu à son endroit ; elle a accepté d’être reconnue, louangée, célébrée par Dieu. En retour du magnificat de Dieu à son endroit, elle lui offre son propre Magnificat comme nous sommes invités à le faire, chaque jour, nous aussi.
Cette fête vient nous révéler quelque chose qui est propre à notre Dieu. Dieu qui voit la beauté de Marie voit toujours ce qui est bon et beau.
Pensons à son premier regard au début de la création, quant à la fin de chaque journée
« Et il vit que c’était bon. »
Même après le péché d’Adam et tout au long de l’histoire, Dieu n’a cessé de nous dire et de nous redire que
« Nous avons du prix à ses yeux ». Pensons, par exemple, à ces mots du prophète Isaïe : « Une femme peut-elle oublier son nourrisson, ne plus avoir de tendresse pour le fils de ses entrailles ? Même si elle l’oubliait, moi, je ne t’oublierai pas. Car je t’ai gravé sur les paumes de mes mains… » (Isaïe 49,15-16)
C’est vrai que Marie fut la privilégiée de Dieu qui l’a comblée de grâce.
Mais n’oublions jamais que la salutation de l’ange à Marie est Parole de Dieu et qu’elle s’adresse à nous maintenant comme elle s’adresse à tous les humains, de génération en génération, depuis plus de 2000 ans.
L’Annonciation, c’est votre troisième fête principale comme Servantes de Jésus-Marie.
Dans la prière eucharistique des enfants, nous disons : « C’est une fête pour nous et notre cœur est plein de reconnaissance. »
Oui, que cette journée soit pour vous une fête, la fête d’entendre Dieu nous annoncer que nous avons beaucoup de dignité à ses yeux. Réjouissons-nous comme Marie d’avoir trouvé grâce auprès de Dieu, d’être comblées par la résurrection du Christ.
L’Ange annonce à Marie et Marie accueille son message.
C’est toute notre vie, toute notre histoire qui est là : être écoute et accueil pour enfanter Dieu dans notre monde.
Dans un petit moment, vous allez renouveler vos vœux, dire comme Marie :
« Voici la servante du Seigneur : que tout m’advienne selon ta parole »
et tous, au moment du Notre Père, nous dirons :
« Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. »
Ce n’est pas une petite affaire. Nous voulons devenir semblables à Marie : n’avoir pas peur de porter Celui qui est le salut du monde, d’être un signe de contradiction, d’être transpercée par un glaive.
Devenir comme Marie, c’est entrer dans un projet qui nous dépasse, c’est ouvrir la porte à Dieu pour qu’il puisse habiter en nous.
