Mgr J-C. Dufour-24 juin 2019-Nativité de Saint Jean-Baptiste-Luc 1, 57-66.80

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 21 Juin 2019 ( Luc 1, 57-66.80 )

Nativité de Saint Jean-Baptiste, Patron spécial des Canadiens français 

 

Tout a commencé dans le Temple.
Plus précisément dans le Saint des Saints où les grands prêtres allaient exercer l’action liturgique, une seule fois dans leur vie. C’était le tour de Zacharie ce jour-là. C’est la première fois pour lui ; il ignore ce qui va se passer et comment il va ressortir du Saint des Saints comme si tout devait se vivre dans la plus grande intimité avec Dieu.

 

Étonné par l’apparition d’un ange, Zacharie l’est encore plus quand celui-ci lui annonce que lui, un vieillard vivant avec une femme avancée en âge, va devenir père. Comment est-ce possible, se demande-t-il ? Marie se posera la même question quand elle entend l’ange lui annoncer qu’elle concevra un fils, Abraham aussi, quand Dieu lui annonce la naissance d’Isaac. Mais, alors que Marie et Abraham se réjouissent, Zacharie demande un signe et il en a tout un ! Il perd l’usage de la parole jusqu’au moment où il écrira sur une tablette « Son nom est Jean. »
« À l’instant même, sa bouche s’ouvrit, sa langue se délia ; il parlait et il bénissait Dieu. »
À partir de ce moment-là, on voit que la mission de Jean-Baptiste sera de délier. Chaque fois qu’il est là, qu’il parle, les langues se délient comme si c’était sa mission, d’être un « délieur ».

 

Avant même sa naissance, la langue de sa mère Élisabeth se délie parce qu’elle vient de reconnaître en Marie la mère de son Seigneur. « Quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint, et s’écria d’une voix forte : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? » (Luc 1,41-43) Quand Jean Baptiste tressaille en elle à l’arrivée de Marie, la langue d’Élisabeth se délie pour crier au monde, la première, l’arrivée du Sauveur.

 

Quand Zacharie écrit sur une tablette « Jean est son nom », non seulement sa langue se délie pour parler, mais aussi pour bénir Dieu, pour rendre grâce à l’amour de Dieu. Il entonne alors ce beau cantique qui ouvre chacune de nos journées : « Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël, qui visite et rachète son peuple. Il a fait surgir la force qui nous sauve dans la maison de David, son serviteur. » (Luc 1,68-69)

 

Saint Luc nous raconte qu’à un moment donné Jésus était en prière et que « Quand il eut terminé, un de ses disciples lui demanda : « Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean le Baptiste, lui aussi, l’a appris à ses disciples. » À nouveau, on voit que Jean-Baptiste a délié les langues de ses disciples pour leur apprendre à prier. (Lc 11,1)

 

Lui-même, Jean-Baptiste, le plus grand des enfants des hommes était bien loin d’être muet, nous le savons bien : « Il fut de tous les prophètes, celui qui désigna le Messie. » Et ainsi, on peut dire qu’il a délié l’histoire, libéré l’histoire qui, jusque là, était enfermée dans l’attente d’une promesse de libération. Il a libéré l’histoire en annonçant que le libérateur promis était déjà là. Il a délié deux de ses disciples et tous ces gens qui allaient l’écouter dans le désert pour qu’ils suivent l’Agneau de Dieu.

 

Le mot « délier » qui peut signifier « libérer, ouvrir » est au cœur de l’évangile. Jésus dira à ses apôtres que tout ce qu’ils auront délié sur la terre sera délié dans les cieux. Il délie la langue des muets qui se mettent à parler correctement. Il demande aux gens de délier Lazare de ses bandelettes quand il sort du tombeau. C’est un mot puissant, le mot « délier ».

 

Si on veut savoir ce que pourrait signifier « être délié » dans notre vie, on n’a qu’à regarder Zacharie, Élisabeth, Jean Baptiste dans sa mission. Le moins qu’on puisse dire, c’est que ça a changé leur vie en ouvrant leur cœur à une immense Action de grâce.

 

En ce jour où nous célébrons la naissance de Jean-Baptiste, soyons des «délieurs» de langue comme lui.
Offrons une parole d’admiration plutôt que de désolation, d’espoir plutôt que de peur.
Déverrouillons-nous de nos peurs, de nos tristesses. Ne soyons pas sourds et muets devant les œuvres de Dieu, devant les grâces que le Seigneur continue d’accorder à son peuple comme à chacun et chacune de nous.