Mgr J-C. Dufour- 24 juillet 2020  Marie-Jeanne du Lys – Rm 8,14-17, Jn 17,1.24-26

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

2 HOMÉLIES : 24 juillet 2020

Marie-Jeanne du Lys – Rm 8,14-17, Jn 17,1.24-26 / « Fils de lumière »

 

J’oserais dire que S. Marie-Jeanne du Lys a été une contemplative depuis presque le 28 juillet 1929, jour de sa naissance.  Elle écrit : « quand j’étais jeune, j’aimais beaucoup admirer la campagne, par exemple le beau soleil, la nuit criblée d’étoiles.  Dieu a disposé, pour ceux qui vivent dans les campagnes, d’une scène plus belle que toutes les peintures.  Apprenez à contempler la beauté souriante des blés mûrs, la splendeur royale du soleil couchant, la religieuse paix d’une nuit sereine. Ça m’est resté toute ma vie. »  Il fallait être contemplative pour être capable d’écrire comme ça avec autant de poésie. Oui, elle était douée pour les arts et la poésie, pour la musique et les chants, amante passionnée de la musique sacrée pendant 36 ans.

À un moment donné, ce désir de contempler a fait un pas de plus. Quand les sœurs grises sont arrivées à Notre-Dame-de-la-Salette, elle trouvait qu’elles parlaient tellement bien de l’Eucharistie et qu’elles enseignaient tellement bien le catéchisme que ça m’a donné une idée. On disait aussi à la maison qu’il y avait à Hull une communauté qui avait l’adoration du Saint-Sacrement jour et nuit.   Ça, ça m’intéressait. Je me suis dit « j’aimerais bien aller là. »  La nuit, aller prier tranquille devant le Bon Dieu. Là, l’appel du Bon Dieu se faisait sentir.   Personne ne savait mes choses intérieures. Deux semaines avant d’entrer, le 21 novembre 1961, j’ai dit à mes parents : « je m’en vais faire une Servante de Jésus-Marie. Ils ont été surpris. »

Ce n’était qu’un début. Plus tard, en 2003, on écrit qu’elle était imbue de l’esprit liturgique et marial, ayant une grande dévotion à Marie. Elle manifeste un amour inconditionnel. Elle a une vie spirituelle intense, généreuse et très fervente adoratrice. En un mot, c’est une vraie adoratrice et réparatrice portant généreusement ses petites et grosses croix et ajoutant celles connues seulement de notre Père du Ciel.

Pendant 69 ans chez les Servantes de Jésus Marie, elle a contemplé Jésus dans le Saint Sacrement « la nuit, aller prier tranquille, devant le bon Dieu. Puis le jour aussi. On était en adoration. J’aimerais bien cela ». C’est tout ce que l’Esprit de Jésus avait réalisé en elle. Aussi, elle se savait enfant de Dieu, et donc aussi son héritière, héritière de Dieu, héritière avec le Christ, comme nous le disait saint Paul tantôt. Héritière, Jésus le confirmait dans l’Évangile : « Je veux que là où je suis, ils soient eux aussi avec moi, et qu’ils contemplent ma gloire ».

Mais, il y a autre chose que je veux ajouter. Chaque fois qu’elle venait se confesser, inquiétez-vous pas, je ne vous dirai pas ses péchés, elle terminait toujours par une prière où elle manifestait sa foi dans le Corps Mystique.  Je pense que ça manifestait une foi profonde. On dit qu’elle aimait aller au fond des choses.

On sait que Paul, sur le chemin de Damas, a vécu une expérience de rencontre avec Dieu : la voix qu’il entendit alors lui dit : « Je suis Jésus, c’est moi que tu persécutes » (Ac 9,1-5). Or Saint Paul ne persécutait pas Jésus, mais les chrétiens. À partir de là, la foi de Saint Paul s’exprimera en proclamant que Jésus est Dieu, que les chrétiens et Jésus ne font qu’un.

On a dit de S. Marie-Jeanne du Lys qu’elle avait bon cœur, accueillante, d’une exquise sensibilité, qu’elle était fraternelle et serviable, disponible à toute besogne au détriment d’elle-même. Je pense que ça venait de sa foi dans le « corps mystique », voyant dans les autres un autre Christ.

À un moment donné dans l’histoire de l’Église, cette expression « corps mystique » était appliquée à l’Eucharistie, manifestant que le rassemblement de tous les chrétiens, l’Eucharistie est véritablement le Corps du Christ, par qui ils peuvent entrer dans le mystère de Dieu. Si je rappelle tout ça, c’est parce que S. Marie-Jeanne du Lys avait une grande dévotion à l’Eucharistie. Quand malade, on lui apportait la communion, on voyait en elle une généreuse et très fervente adoratrice ; bonne épouse de Jésus, elle lui manifestait un amour inconditionnel.

Chaque fois qu’on proclame le « credo », nous disons, « Je crois à la communion des saints.   Croire à la communion des saints, c’est croire à un lien de foi, à une solidarité qui unit les croyants de la terre à ceux du ciel. On est donc proche de ce que nous disait Jésus tantôt : “Père, ceux que tu m’as donné, je veux que là où je suis, eux aussi, dont S, Marie-Jeanne du Lys, soient aussi avec moi, et qu’ils contemplent ma gloire, celle que tu m’as donné.”  “Ils ont reconnu, eux aussi, que tu m’as envoyé.” Elle a reconnu, elle aussi, que tu m’as envoyé faire connaître une Bonne Nouvelle à toute l’humanité.



« Tu as voulu, Seigneur, qu’en recevant ta grâce, nous devenions des fils de lumière ».
  Ces  mots de la prière d’ouverture reviennent souvent dans la Bible.  Par exemple, dans la première épitre aux Thessaloniciens on dit : « Vous êtes tous les fils de lumière. »  Dans l’épitre aux Éphésiens, saint Paul dit : « Autrefois, vous étiez ténèbres, maintenant, dans le Seigneur, vous êtes devenus lumière. »

Tout de suite après les béatitudes,  Jésus invite ses disciples à être « Lumière du monde ».   Il avait d’abord insisté sur les qualités intérieures :  la pauvreté, la douceur, l’humilité,  la justice, la miséricorde, la paix.  Jésus les invite maintenant à prendre leur responsabilité face au monde, à afficher leurs couleurs.  En effet, la mission du peuple de Dieu est de faire briller un peu de lumière dans notre monde,  comme le signifiait le cierge allumé que nous avions reçu au baptême.

« Il faut que votre lumière brille ».  Sans lumière, pas de couleur, pas de beauté, pas de vie.  Jésus veut que nous soyons des fils et des filles de lumière dans un monde rempli d’obscurité.  Notre foi sert donc à  apporter un peu de lumière et de chaleur aux ténèbres autour de nous.

Non, le Christ ne nous demande pas de changer le monde, mais de lui donner un peu de chaleur et de lumière.  Si nous ne sommes pas cette petite lumière pour éclairer les ténèbres,  c’est inutile, nous ne servons à rien.    Autrement dit,  si nous voulons donner un peu de lumière à notre monde, il faut être différent de lui.

Mais, si nous sommes différents de notre monde, ça ne veut pas dire qu’il faut être fier de l’être.   « Votre lumière doit briller devant les hommes afin qu’ils…glorifient votre Père qui est dans les cieux. »  Ce n’est pas pour notre gloire personnelle, ni pour la gloire de la communauté, même pas pour la gloire de l’Église que notre lumière doit briller mais toujours et uniquement pour la gloire de Dieu.

Aujourd’hui, nous nous retrouvons dans une situation de minorité.  L’Église est un petit troupeau au milieu du monde.  L’heure n’est plus au triomphaliste qui a fait beaucoup de mal à l’Église, mais nous sommes en service.  « Vous êtes la lumière du monde. »  Rappelons-nous que le Christ ne nous demande pas de changer le monde,  mais de lui donner un peu de chaleur, un peu de lumière.

Tenir notre flamme allumée, c’est une entreprise de chaque jour.  Pas facile!  Mais si la lumière s’éteint,  nous pouvons la rallumer à la flamme du Christ,  symbolisé dans notre chapelle par le cierge pascal.  Profitons de cette eucharistie pour le faire.