Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 24 décembre 2021 – Veille de Noël – Luc 2, 1-14
Boucar Diouf, un biologiste et un humoriste racontait, qu’il n’y a pas si longtemps, on avait peur de la bombe atomique, mais que depuis deux ans, une petite bibite, tellement petite qu’on ne peut même pas la voir, attaque les pays du monde entier. Plus de 5.5 millions de décès dans le monde.
On passe d’une peur à l’autre.
Un ange dit aux bergers qui sont saisis d’une grande crainte: « ne craignez pas ».
Ces mots de l’ange viennent nous rejoindre comme une Parole de Dieu au cœur même de nos vies.
En nous racontant qu’Adam et Ève se cachent parce qu’ils ont peur de Dieu, la bible déjà nous disait que la peur fait partie de notre condition humaine. Souvent nous sommes inquiets, nous avons peur de l’abandon, peur de la mort, peur de la solitude, peur des foules, peur pour notre santé, peur de certains comportements, peur de ce que nous réserve l’avenir, peur de Dieu et tout ça sans compter les peurs qui sont le produit de notre imagination.
Qu’on le veuille ou non, on ne peut pas rester indifférent face à toutes ces peurs qui nous entourent.
On pense souvent que Dieu va venir nous libérer de nos peurs en s’imposant de force un peu comme le suggère le prophète Isaïe quand il nous parle du pouvoir de celui qui s’en vient.
Mais ce n’est pas ce que dit l’ange aux bergers. Il leur dit : «Voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire ».
C’est vrai pour nous aussi cette nuit, l’Église n’a qu’un enfant à vous montrer.
Oui, Dieu se manifeste par un enfant, par un enfant qui ne parle pas, par un enfant qui a un corps qu’il faut soigner avec douceur. Comme si cet enfant voulait déjà nous dire : « Je ne suis pas venu pour vous compliquer la vie, je suis là pour vous demander de la tendresse, je suis venu pour vous racheter de toutes vos fautes, faire de vous un peuple ardent à faire le bien.
Ce soir, ma mission, c’est de vous dire que la force de Dieu se manifeste par le sourire d’un bébé qui répond à la caresse d’une mère replaçant sa mèche de cheveux. Ma mission, c’est de vous dire que la force de Dieu, c’est la tendresse. Ma mission, c’est de vous rappeler les mots de l’ange aux bergers :
« Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple ».
Saint Pierre Chrysologue avait bien résumé tout cela en disant : « Dieu, qui voit le monde ravagé par la peur, agit toujours pour le rappeler à lui avec amour, et l’envelopper de sa tendresse.
Quand il visitait les écoles, Mgr Ébacher répétait souvent les mots de l’ange aux bergers. Il aimait leur dire :
« N’aie pas peur, Jésus t’aime, il est avec toi, il est dans ton cœur.».
Trois semaines après, une petite fille est venue me dire : « C’était assez beau, Jean-Charles, ce que Mgr nous a dit, j’avais rien qu’envie de pleurer ».
En cette nuit de Noël, je souhaite qu’on fasse l’expérience de cette petite fille, que le message de l’Ange vienne nous libérer en nous disant :
« Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle… Aujourd’hui vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur. Et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire ».
Jésus n’apparaîtra jamais comme un puissant, jamais comme un roi, mais comme un serviteur, comme quelqu’un qui se met à genoux devant sa créature pour la prier de l’aimer, de l’accueillir dans la maison de son cœur?
N’aie pas peur, aie confiance, crois en moi !
Ça ne me fait rien de venir au monde dans une étable ;
ça ne me fait rien qu’on cherche à m’éliminer dès les premiers jours de ma naissance;
ça ne me fait rien de subir des railleries de toutes sortes ;
ça ne me fait rien qu’on fasse des complots contre moi ;
ça ne me fait rien qu’on me mette sur une croix !
Ma tendresse est plus forte que la mort;
elle est plus forte que votre difficulté à croire,
plus forte que votre péché,
plus forte que votre imagination qui vous fait accroire que vous êtes médiocres et vous empêche de croire à l’amour.
Joignons nous avec l’ange et « une troupe céleste innombrable qui louait dieu en disant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur le terre aux hommes qu’il aimer. »
