Mgr J-C. Dufour- 23 juin 2020 – Matthieu 7,6.12-14

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 23 juin 2020 – Matthieu 7,6.12-14

 

« Entrez par la porte étroite. »  On raconte qu’en France, au Moyen-Âge, il y avait une église avec une porte d’entrée si étroite que les soldats devaient abandonner leur armure pour y entrer et prier.  Ils ne pouvaient entrer comme des ennemis.  C’est certain qu’en entrant par la porte étroite, on ne se libérera pas de nos armures comme eux, mais on peut se libérer de nos privilèges, de nos honneurs et de nos richesses.  Jésus nous prévient qu’elles ne seront d’aucune utilité lors de notre passage vers « l’autre rive ».

« Entrez par la porte étroite », c’est une manière de dire que pour aller à Jésus, il faut nous faire tout petits, comme la veuve qui verse son obole dans un des troncs du Temple, comme tous les petits de l’évangile qui allaient vers lui.  Il le disait : « Gardez-vous de mépriser un seul de ces petits, car, je vous le dis, leurs anges dans les cieux voient sans cesse la face de mon Père qui est aux cieux. »   (Mt 18,10) Si, au contraire, nous sommes riches de nos certitudes et de nos préjugés, nous serons incapables d’accueillir la nouveauté de l’évangile.

Dans les grands édifices, il y a souvent plusieurs portes, la plupart du temps de grandes portes, c’est normal, mais il y en a une en particulier qui est réservée pour le service, ordinairement plus petite et qui donne sur un escalier escarpé.   C’est une belle image.  Entrer par la porte étroite, c’est prendre l’escalier de service, c’est se donner aux autres, c’est accueillir et partager. Chaque jour, en ce temps de pandémie, l’actualité nous montre des gens qui sont en état de service, qui donnent de leur temps, de leurs forces et de leur argent pour aider ceux qui sont mal pris.  Ils entrent par la porte étroite, font tout ce qu’il faut pour aider les autres à se relever et à retrouver leur dignité.  Ça a valeur d’éternité.

Il y a une infirmière de la région qui a livré tout un témoignage la veille de la Pentecôte.  Elle travaille dans un hôpital de la région et s’est vu confier tout un poste de responsabilité en temps de pandémie.  Sentant que c’était beaucoup lui demander, elle demanda à quelqu’un de lui rédiger une prière appropriée.  Et chaque jour, à la fin de son travail, elle lisait cette prière.  Un jour, une autre infirmière lui demanda ce qu’elle faisait.  À partir de ce jour, elles étaient deux pour dire la prière.  Et puis, quatre, huit, seize… Finalement, elles se sont retrouvées quarante pour prier ensemble.  Elles avaient besoin de s’adresser à celui qui avait dit un jour : « Je suis la porte des brebis.  Celui qui entrera par moi sera sauvé. »  Oui, le Christ, en mourant et en ressuscitant, nous avait ouvert une porte étroite.  Tout dépend de la place que nous lui donnons dans notre vie. Le salut est offert à tous, mais rien n’est possible sans notre accueil, sans nous laisser transformer par l’amour de Dieu.  Il frappe à notre porte, il attend que nous lui ouvrions et que nous lui donnions toute sa place dans notre vie.  Ça va déranger nos habitudes, c’est certain, mais n’oublions pas que ses paroles sont celles « de la vie éternelle. »