Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 23 janvier 2022 – 3e dimanche ordinaire – Luc 1, 1-4; 4,14-21
Ce n’est pas la première fois que Jésus, guidé par la puissance de l’Esprit nous amène dans la synagogue de son village, à Nazareth.
Quand je passe devant l’église chez nous ou quand j’y vais pour présider une célébration, il y a un tas de souvenirs qui me remontent dans la tête :
première communion, confirmation, servant de messe, ordination, et on pourrait continuer. Ça dû être semblable à ça pour Jésus.
Saint Luc nous dit : « Selon son habitude, il entra dans la synagogue le jour du sabbat, et il se leva pour faire la lecture. »
« Selon son habitude »
On comprend que c’est un habitué. Il s’y est trouvé sans doute régulièrement avec Marie et Joseph. Dès l’âge de 12 ans, il pouvait faire la lecture.
C’est là qu’il s’est nourri, qu’il a grandi, qu’il a mûri dans la foi et la prière de ses ancêtres. Comme tout bon croyant, il rejoint sa communauté à la synagogue, pour l’ouverture du sabbat.
« Il entra dans la synagogue le jour du sabbat ! »
Ce n’est pas un petit détail, comme pour nous dire que ce n’était pas un mardi ou un jeudi, mais un jour de sabbat. Les Juifs se rappellent que Dieu s’est reposé le septième jour après la création. Aussi, pour eux, Dieu a béni ce jour et l’a sanctifié.
Le livre de l’Exode nous apprend que le sabbat est un signe de l’alliance perpétuelle entre Dieu et son peuple.
Dans le même sens, le prophète Ézéchiel dira : « Sanctifiez mes sabbats ; qu’ils soient un signe entre moi et vous, pour qu’on sache que je suis le Seigneur votre Dieu. »
Il y a un autre sens au sabbat qu’on oublie presque toujours. Le sabbat est associé à un moment crucial dans l’histoire des Juifs : la délivrance ou la sortie de l’Égypte.
Dans le livre du Deutéronome, on dit : « Tu te souviendras que tu as été esclave au pays d’Égypte, et que le Seigneur ton Dieu t’en a fait sortir à main forte et à bras étendu. C’est pourquoi le Seigneur ton Dieu t’a ordonné de célébrer le jour du sabbat. » (Dt 5,15) Le sabbat rappelle aux Juifs que Dieu l’a délivré de toute servitude.
Quand on parle du sabbat, on fait référence au passé, au repos de Dieu, au signe d’alliance, à la libération d’Égypte, c’est normal.
Mais quand on célèbre le sabbat, il faut se rappeler qu’on ne célèbre pas seulement un passé, mais aussi un avenir, l’espérance d’une création renouvelée, l’espérance une délivrance attendue, l’espérance d’une alliance nouvelle.
Ce que je dis pour le sabbat, ça vaut aussi pour le dimanche.
Le ministère de Jésus et la lecture du livre d’Isaïe s’inscrivent dans la ligne du sabbat.
Oui, Jésus vient pour une alliance, il vient nous délivrer, nous donner d’attendre avec espérance.
La lecture du prophète Isaïe vient éclairer cette délivrance d’Israël par le messie.
« Il se leva pour faire la lecture. »
Il y a quelque chose de solennel dans ce que nous dit saint Luc : « Jésus se lève, on lui remet le livre, il l’ouvre » puis quand il a terminé « Il le referme, le redonne au servant et s’assoie. »
C’est une manière de donner une grande importance au livre de la Parole de Dieu, à la lecture du prophète Isaïe.
C’est une manière de nous dire que Jésus aussi est serviteur de la Parole de Dieu.
Ça nous renvoie à la première lecture où le peuple revenant de l’exil a redécouvert la Parole, au moment où il pouvait faire siens les mots du psaume que nous avons prié tantôt : « Tes paroles, Seigneur, sont esprit et elles sont vie. »
À la fin de la lecture d’Isaïe, Jésus déclare : « AUJOURD’HUI s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre. »
Cet aujourd’hui nous renvoie au temps de Jésus, c’est-à-dire dans le passé.
Mais, pour nous, que signifie cet AUJOURD’HUI ?
On retrouve ce mot à plusieurs reprises dans l’évangile de Luc :
«AUJOURD’HUI dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur » ;
« Zachée, descends vite : AUJOURD’HUI il faut que j’aille demeurer dans ta maison » ;
et sur la croix, au bon larron : « Jésus lui déclara : « Amen, je te le dis : AUJOURD’HUI, avec moi, tu seras dans le Paradis. »
L’aujourd’hui pour nous, c’est l’aujourd’hui d’une rencontre, pas une rencontre passagère, mais une rencontre déterminante, durable et salvatrice.
L’aujourd’hui, c’est pour tous ceux qui accueillent la Parole de salut dans la foi.
«AUJOURD’HUI s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre. »
