Mgr J-C. Dufour- 23 février 2020 –  7e dimanche ordinaire – Matthieu 5,38-48

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 23 février 2020 –  7e dimanche ordinaire – Matthieu 5,38-48

 

Un jour, quelqu’un demanda au Dalaï-Lama quelle était la meilleure religion.  « La meilleure religion, dit-il, est celle qui te rapproche de Dieu. C’est celle qui fait de toi une meilleure personne. »  « Mais, qu’est-ce qui nous rend meilleur? »  Il répondit : « Tout ce qui te remplit de compassion, te rend plus sensible,  plus aimable, plus humain, plus responsable, plus respectueux de la morale.  La religion qui fera tout ça pour toi, c’est la meilleure religion.  Pour moi, ce qui est important, c’est la façon dont tu agis avec les autres, ta famille, tes collègues de travail, ta communauté, et devant tout le monde ».

Vous admettrez que ça ressemble beaucoup aux lectures qui nous disaient : « Tu n’auras aucune pensée de haine contre ton frère… Tu ne garderas pas de rancune… Ne pas riposter au méchant… Aimer ses ennemis. »  Ce sont là des paroles qui nous mènent au cœur de notre foi, des paroles qui nous permettent de vérifier la solidité de notre engagement, notre crédibilité de croyants et de croyantes.  Ce sont des paroles qui résument l’enseignement de Jésus qui disait à ses disciples, la veille de sa mort,  « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que tous vous reconnaîtront pour mes disciples. »  Le lendemain, cloué à la croix, il traduisait cet enseignement en acte en rendant ce témoignage d’amour suprême« Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font. »

Pour nous, la meilleure religion, c’est le christianisme.  Rappelons-nous qu’être chrétien ou chrétienne, c’est nous démarquer par notre gentillesse, notre compassion, notre tendresse, notre souci du bien-être de toute personne que nous rencontrons, y compris celle que nous aimons mal, que nous aimons moins, ou que nous n’aimons pas du tout.  C’est aller aussi jusqu’au pardon.  Ces attitudes, rappelons-le, sont celles de l’Esprit Saint en nous.

Jésus disait au vieux Nicodème, une bonne nuit, l’Esprit est comme le vent, tu ne sais pas ni d’où il vient et ni où il va.  Il faut toujours se rappeler que l’Esprit souffle où il veut! Voici un événement qui nous le démontre bien!

 

J’ai déjà entendu parler d’un film intitulé « L’iman et le pasteur »[1], film qui nous raconte une histoire vécue qui s’est passée au Nigéria, il y a quelques années.  C’est l’histoire vraie de deux hommes, un musulman et un chrétien.  Ils étaient des ennemis jurés. La milice chrétienne menée par le pasteur avaient tué les deux frères et le maître spirituel de l’iman.  Le pasteur, de son côté, avait perdu son bras droit dans un combat mené par l’iman.  Les deux disaient : « Nous avions été programmés pour haïr. »

Puis un jour, à la mosquée, l’iman entend une prédication sur le pardon en lien avec la vie de Mahomet.  Bouleversé, il décide d’entrer en contact avec son ennemi.  C’est lui, le musulman qui prend l’initiative de faire des pas vers le pardon.  Il a fallu beaucoup de temps au pasteur pour surmonter sa haine et faire confiance à l’iman.  Aujourd’hui, ils travaillent ensemble.  Ils ont sillonné leur pays pour ramener la paix.  Ils forment des équipes capables de travailler à la résolution de conflits dans plusieurs pays en guerre.  Oui, ces deux hommes si différents étaient habités par le même Esprit d’amour et de paix que nous recherchons.  Ils ont investi les efforts nécessaires à la réconciliation.  Comment parvenir à la réconciliation?

Un jour,  un étudiant en théologie demanda à son professeur : « Pardonner, aimer son ennemi, est-ce que ça veut dire que je devrais aller m’asseoir à côté de celui que ne peux pas sentir? »  Et le professeur lui répondit : « Parfois, il vaut mieux aimer de loin que haïr de proche. »

Ce n’est pas toujours facile de pardonner.  Pour y arriver, on pourrait commencer par là.  Pendant notre célébration, prenons le temps d’identifier une personne qu’on a du mal à supporter et engageons-nous à l’aimer au moins de loin.  Comment? En chassant toute pensée mauvaise à son endroit, en décidant de ne pas en ajouter quand on parlera d’elle devant nous, en acceptant de prier pour elle.  En le faisant, nous serons sûrs d’être sur le chemin de l’Évangile, nous ressemblerons plus au bon Dieu que le psaume décrivait tantôt en déclarant qu’il avait un cœur rempli « de tendresse et de pitié, lent à la colère et plein d’amour. »

 

[1] À voir sur internet en cherchant « L’iman et le pasteur. »