Mgr J-C Dufour-23 février 2019-Marc9, 2-13

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 23 Février 2019

( Marc 9, 2-13  )

 

« Tout en se demandant entre eux ce que voulait dire « ressusciter d’entre les morts. »

On connaît bien les mots « ressusciter, résurrection », mais vraiment, en savons-nous plus que Pierre, Jacques et Jean ?
On connaît bien ces mots, mais l’expérience qu’ils suggèrent nous échappe, nous entraîne dans un au-delà qui nous échappe, dans un autre monde.

 

Ce qui me touche dans l’évangile, ce matin, c’est la grande délicatesse de Jésus qui fait vivre à Pierre, Jacques et Jean trois dépaysements pour les préparer à un grand dépaysement qui viendra plus tard.

 

Premier dépaysement !
Pierre, Jacques et Jean, nous le savons, sont des pêcheurs. Ils sont des familiers de la mer. Ils connaissent bien leur métier, les barques, les filets. Ce jour-là, Jésus les entraîne « à l’écart sur une autre montagne », bien loin des lieux qui leur sont familiers.
Et il « fut transfiguré devant eux. Ses vêtements devinrent resplendissants, d’une blancheur telle que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille. »
On sent que les mots utilisés n’arrivent pas à bien exprimer une blancheur qui n’appartient pas à la terre mais à un autre monde. C’était un premier dépaysement.

 

Deuxième dépaysement !
« Il les emmena, eux seuls, à l’écart. » Depuis que Jésus les a appelés, Pierre, Jacques et Jean vivent avec les autres apôtres. Ils partagent les mêmes activités ; ils échangent entre eux en présence de Jésus. Cette fois, loin de vivre leurs rencontres habituelles, ils sont témoins, sur la montagne, d’une autre rencontre, une rencontre surprenante entre Jésus, Moïse et Élie qui s’entretiennent avec Jésus alors qu’ils n’appartiennent plus à ce monde depuis longtemps. À nouveau les trois apôtres sont dans un « ailleurs » qui les dépasse, comme dans un autre monde, un autre pays, celui de Dieu. C’était leur deuxième dépaysement.

 

Troisième dépaysement !
« Pierre ne savait que dire, tant leur frayeur était grande. »
Pierre vient tout juste de dire à Jésus : « Rabbi, il est bon que nous soyons ici » et le voilà saisi de frayeur. Étonnant ! La frayeur des trois apôtres n’était pas une peur qui fait fuir, mais exprimait plutôt un bouleversement intérieur très profond, le sentiment d’être complètement dépassé, d’être débordé par une expérience inconnue exprimée aussi par la nuée. C’était leur troisième dépaysement.

 

Ainsi, par délicatesse, Jésus prépare ses trois apôtres à un événement beaucoup plus profond que celui qu’il vienne de vivre sur la montagne, un événement qui sera un profond dépaysement pour eux. Chaque fois que nous célébrons la fête de Pâques, nous sommes témoins de leur dépaysement.

 

Au moment où une voix se fait entendre, les trois Apôtres quittent les dépaysements qu’ils viennent de vivre et se retrouvent dans leur vie habituelle.
Mais il y a quelque chose de très profond qui vient de changer, une brèche qui s’est ouverte dans leur monde habituel, dans leur vie ordinaire pour les préparer à l’indescriptible matin de Pâques que nous allons vivre nous aussi en avril prochain.