Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 23 avril 2025 – Luc 24, 13-35
Pouvons-nous nous reconnaître dans ces deux hommes qui marchent vers Emmaüs?
Remarquons d’abord que c’est le Christ qui a l’initiative dans cette rencontre. Il se joint à deux inconnus qui marchent sur la route et leur demande ce qui se passe. Alors ils lui racontent ce qu’ils viennent de vivre, ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth. Ils s’en retournent à Emmaüs parce qu’ils n’ont plus d’espoir. Ils espéraient la libération politique d’Israël, mais elle n’a pas eu lieu. Jésus de Nazareth a été condamné à mourir sur une croix, aux portes de la ville. C’est l’échec sur toute la ligne : la mort a vaincu une fois de plus.
Il y a bien eu une petite lueur d’espoir. Des femmes sont allées au tombeau de très bonne heure. Elles nous disent que des anges disaient qu’il est vivant. Tout ce qu’on sait, c’est que le tombeau était vide. Quelques-uns sont allés voir; mais Jésus, ils ne l’ont pas vu.
Ça nous ressemble. Nous aussi nous avons entendu parler du Ressuscité, nous accueillons le témoignage des témoins de Jésus, mais lui, on ne l’a pas vu. Nous le croyons lointain, et pourtant, comme c’était le cas des deux disciples, invisiblement, il chemine avec nous; jour après jour et reprend l’initiative du dialogue.
J’ai dit au début que Jésus avait pris l’initiative de cette rencontre. L’inconnu qui se joint à deux disciples sur la route ne les aveugle pas comme saint Paul sur le route de Damas; il ne leur montre pas ses mains et ses pieds comme il le fera avec Thomas; il ne leur donne aucune évidence que c’est Lui, Jésus de Nazareth.
Il les invite à écouter une Parole de Dieu, une Parole qui commente l’histoire de Jésus de Nazareth et qui donne le sens de ce qui s’est passé. Il leur dit :
« Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ?
Et, partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait. »
Pendant qu’ils cheminent sur la route, la catéchèse de Jésus transforme le regard des disciples. Ils ne se rendent pas compte tout de suite qu’il y a quelque chose qui « leur brûle le cœur. » Ils comprennent un petit peu, mais ils ont assez soif pour inviter Jésus à prendre un repas avec eux. Ils le reconnaîtront au moment où la liturgie de la Parole débouchera sur la fraction du pain, quand la Parole les introduira au sacrement.
Ils étaient partis, tournant le dos à la ville de l’échec, abandonnant leurs frères à leur solitude. Mais, ayant rencontré Jésus, ils reviennent d’instinct à la communauté. Ils avaient fui la fraternité désemparée, fixée sur le souvenir d’un mort; mais maintenant qu’ils ont rencontré le Vivant, ils se veulent à jamais solidaires de ceux qui croient en lui.
