Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 22 novembre 2020 – Le Christ, Roi de l’univers– Matthieu25.31-46
Dans la parabole qu’il raconte, Jésus nous parle du Fils de l’homme, c’est-à-dire du Seigneur ressuscité qui revient à la fin des temps. Mais comment revient-il ? Comme un berger qui sépare les brebis des boucs, pas comme un juge terrible. Il est encore grandement question de berger dans la première lecture et le psaume. Ce qu’il faut comprendre de tout ça, c’est que Dieu est le seul berger qui est vraiment digne de ce nom. Il n’y a rien qui peut l’empêcher de veiller sur son peuple. « Je veillerai sur mes brebis, et j’irai les délivrer », peu importe où elles sont. Nous avons là vraiment, une belle image du berger.
Il faut comprendre. Dieu avait donné des rois à son peuple, des rois qui devaient le représenter, mais ça a été un fiasco total. Il avait même choisi le roi David à qui il avait promis une descendance éternelle, mais les successeurs n’ont guère fait mieux. Ils n’ont pas été à la hauteur de ce que Dieu attendait d’eux. Mais la promesse de Dieu à son peuple se réalisera de toute façon ; elle se réalisera dans le Christ qui sera un berger selon le cœur de Dieu : « La brebis perdue, je la chercherai ; l’égarée, je la ramènerai. Celle qui est blessée, je la panserai. » C’est ce berger rassembleur, celui qui rassemble toute l’humanité qu’on célèbre aujourd’hui comme Le Roi de l’univers.
Vous vous souvenez sans doute de ce moment où le Christ envoyait ses disciples en mission en leur demandant d’aller dans toutes les nations pour faire des disciples. Par eux, c’est la mission du Christ qui se continuait, une mission qui s’est toujours voulue universelle. On a comme l’aboutissement de cette mission dans l’évangile quand on voit que toutes les nations sont rassemblées.
Dans la parabole, on voit que le Fils de l’homme venu dans la gloire sépare définitivement les brebis et les boucs. Il est fini le temps de laisser pousser l’ivraie et le blé ensemble. C’est le temps de la moisson qui est arrivé. Mais quel est le critère qui va permettre au Fils de l’homme de séparer les brebis des boucs ? Il y en a un seul : la pratique des œuvres de charité. Mais ce seul critère peut prendre plusieurs formes : nourrir la personne qui est affamée, donner à boire à celle qui a soif, vêtir celle qui est nue, accueillir l’étranger, visiter le malade ou le prisonnier. Les personnes qui auront fait ces œuvres de charité seront héritières du Royaume et les autres n’auront pas d’héritage.
En nous racontant cette parabole de la fin des temps, le Seigneur nous lance une invitation pour aujourd’hui. Il nous réunit de partout et tous ensemble et nous invite tous à répondre aux besoins des personnes qui sont autour de nous, surtout les plus nécessiteux. Il y a quelque chose qui est bien évident. Parmi les œuvres de charité que nous fait le Christ, il n’y en a aucune au-dessus de nos forces ; il n’y a rien d’héroïque et d’inaccessible dans ce qu’il nous demande. Aider quelqu’un, c’est quelque chose qu’on peut faire chaque jour. Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus aimait dire que nous sommes invités à réaliser des œuvres ordinaires, mais d’une manière extraordinaire.
On voit dans l’évangile qu’il y a une solidarité étroite entre le Fils de l’homme et les petits. Plus encore, on sent qu’il y a entre eux une certaine communion de destin. Ce qui touche le nécessiteux touche le Christ. Quand on blesse un être humain, on blesse Dieu. C’est probablement cela que voulait nous dire un adage dans le livre des Proverbes : « Qui prend pitié du faible prête au Seigneur : il saura lui rendre son bienfait » (Proverbe 19,17).
Comme disciples du Christ, nous sommes appelés à entretenir des rapports bienfaisants avec les autres, à développer une attention particulière envers chaque personne. Lorsque ces relations sont vécues dans la foi et le souci de répondre aux besoins des gens, elles conduisent au Christ, tissent et approfondissent nos liens avec lui. Je disais tantôt que quelqu’un qui blesse un être humain blesse Dieu. Aussi, Jean-Paul II affirmait que l’être humain « est la première route que l’Église doit parcourir en accomplissant sa mission » parce que le Christ est uni à lui.
