Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 22 mars 2020 – 4e dimanche du Carême — Jean 9,1-41
Lorsqu’une panne d’électricité survient, on a hâte que la lumière revienne. On cherche tout de suite le meilleur moyen de voir clair parce qu’on n’aime pas la noirceur, on est fait pour la clarté ! Il suffit que les journées rallongent pour qu’on se sente revivre un peu mieux. Le Seigneur non plus n’aime pas nous voir dans la nuit ! Lui aussi préfère de loin la lumière pour chacun et chacune de nous. Nous en avons deux beaux exemples dans les lectures que nous venons d’écouter.
Dans la première lecture, on comprend que le peuple d’Israël vit dans la noirceur parce que son roi, Saül, s’est détourné de Dieu et qu’il n’est plus capable de gouverner son peuple. La Parole de Dieu n’est plus écoutée ! Le mal s’est installé dans le pays ! Alors Dieu prend l’initiative, par le prophète Samuel, d’établir un nouveau roi dans la personne du jeune David qui sera, dit le prophète, « lumière de son peuple ». Pourquoi sera-t-il lumière ? Parce qu’il ramènera le peuple dans l’amitié de Dieu. On peut dire qu’il y a là un véritable passage des ténèbres à la lumière.
Dans l’évangile, on trouve une situation semblable. On est en présence de quelqu’un qui vit continuellement dans la noirceur, d’un aveugle de naissance. Non seulement il vit isolé, mais il est en plus rejeté par la société qui croyait, à l’époque qu’il était aveugle à cause du péché de ses parents. Mais encore une fois, Dieu, en Jésus, prend l’initiative de le sortir de ses ténèbres. Notez bien que l’aveugle n’a rien demandé à Jésus. Mais Jésus s’occupe de lui, lui rend la vue, et bien plus que la vue des yeux, il lui donne la vue du cœur. Jésus transforme toute la vie de l’aveugle. Oui, il y a des lumières qui s’allument pour lui ; ses peurs disparaissent ; il devient audacieux ; il ne voit plus les personnes de la même manière. Plus encore ! Il a le désir d’être relié à celui qui l’a amené à la lumière : il voit, il croit, il revit. Il y aurait beaucoup à méditer sur l’évangile d’aujourd’hui, mais retenons au moins pour le moment que, grâce à Jésus, un aveugle-né est passé des ténèbres à la lumière.
Dans nos vies d’hommes et de femmes, il y a plein d’ombres et de noirceurs qui nous plongent dans les ténèbres, la maladie, l’incompréhension, un manque d’amour, une mauvaise nouvelle qui nous touchent de près. Ça peut venir aussi des grands problèmes qui habitent notre monde comme le Coronavirus. Est-ce qu’il y a de la place pour un rayon de lumière ?
Dieu, par le prophète Samuel, a fait surgir David qui est devenu « lumière pour son peuple ». Dieu, en Jésus, a ouvert les yeux de la chair et les yeux du cœur à un aveugle de naissance. Dieu peut-il encore faire quelque chose pour nous ? Peut-il nous redonner la lumière ? C’est toute notre foi qui est engagée dans notre réponse.
C’est tout un cheminement de foi que l’aveugle a fait ! On peut dire qu’il a été illuminé progressivement : il a d’abord été guéri ; puis il a appris à connaître Jésus, à se laisser transformer par lui, à lui faire confiance totalement. Le monde n’a pas changé autour de lui, mais lui, il a changé, il a changé surtout sa façon de voir le monde.
Profitons du temps du Carême qui nous reste pour faire le cheminement de foi de l’aveugle, pour nous laisser illuminer progressivement par Jésus, pour apprendre à reconnaître les vraies valeurs, pour vivre en enfants de lumière, comme nous y invite saint Paul, c’est-à-dire en faisant preuve de bonté, de justice et de vérité, pour nous associer à Celui qui est la lumière du monde.
Laissons aujourd’hui la Parole agir dans nos vies, parce que Celui qui a guéri l’aveugle-né, Celui qui est né de la lumière, qui est Lumière du monde, s’approche de nous. Sa Parole pénètre nos oreilles, notre intelligence, notre cœur ; elle atteint les profondeurs de notre être. Comme disait saint Paul aux Romains : « Tout près de toi est la Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur. Cette Parole, c’est le message de la foi que nous proclamons. » (Rm 10,08) En participant activement à cette célébration, une vie nouvelle nous envahit, celle du Christ ! Nous devenons alors lumière nouvelle.
