Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 20 septembre 2020 – 25e dimanche ordinaire – Matthieu 20,1-16
« Je veux donner au dernier venu autant qu’à toi : n’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mes biens ? »
Notons d’abord que le maître du domaine avait passé un contrat avec les ouvriers de la première heure, celui de leur donner un salaire normal pour une journée de travail, à l’époque, qui était un denier. Les ouvriers avaient accepté de travailler pour ce salaire. Ils auraient dû se montrer reconnaissants, le maître s’était assuré qu’ils reçoivent tous ce qui était nécessaire pour eux et pour leurs familles. Mais la jalousie fait en sorte que ces ouvriers de la première heure n’arrivent pas à être bons ; ils n’apprécient pas du tout la générosité de leur maître.
Notre tendance naturelle est souvent de nous montrer envieux de ceux qui sont dans la joie et indifférents envers ceux qui pleurent. Les ouvriers de la première heure sont mal disposés intérieurement. Leur capacité de jouir de la vie et de la grâce divine est réduite. La grâce n’a pas produit en eux un renouvellement complet de leur vie. Ils n’ont pas su être transformés, avoir un changement de comportement et de regard. Pourtant, cette grâce aurait dû leur enseigner à mener une vie de justice sur la terre.
Les derniers ouvriers, au contraire, n’ont pas eu de contrat avec le maître du domaine, mais ils ont eu tout simplement la promesse d’être payés correctement. « Je vous donnerai ce qui est juste. » À la fin de la journée, ils ont eu une belle surprise ; ils reçoivent le même salaire que les premiers, le salaire d’une journée entière de travail. Il y a toujours des gens qui trouvent que le maître a été injuste au lieu d’être touchés par sa bonté envers les travailleurs. En donnant le même salaire à chacun, il a montré qu’il était un homme compréhensif et d’une grande générosité.
On peut voir toute une annonce dans cette parabole. Vous avez remarqué : « il sortit de nouveau vers midi, puis vers trois heures, et fit de même. » Trois heures, c’est significatif, c’est toute l’œuvre de la Passion qui est annoncée, la crucifixion de Jésus, c’était à la troisième heure, la résurrection de Jésus, c’était le troisième jour. « Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant : « Appelle les ouvriers, et distribue le salaire, en commençant par les derniers pour finir par les premiers. » Nous pouvons plus qu’être touchés par la générosité du maître ; par sa résurrection, nous sommes introduits dans une nouvelle dimension d’intimité avec notre Dieu. Demandons la grâce de changer notre regard sur la réalité humaine pour la regarder dans la lumière de l’amour infini de Dieu.
Notre réaction peut nous rappeler les chefs religieux qui s’enorgueillissaient de leur fidélité à la loi. Ils étaient les premiers engagés, et n’ont pas compris l’immense générosité de Dieu. En recevant leur salaire : «ils récriminaient contre la maître du domaine » qui conclut en disant : « ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon ?»
Nous avons une tendance naturelle à sympathiser avec les travailleurs qui sont arrivés les premiers, et nous sommes choqués par ce qui nous semble être une injustice. Le Royaume des cieux ne fonctionne pas sur la base du monde, mais sur la grâce divine qui exerce libéralement sa bonté envers tous, en apportant le pardon, la réconciliation, la paix, la joie à tous ceux qui répondent à son appel.
On pense parfois que la religion c’est ce que nous faisons pour Dieu. L’évangile nous dit le contraire, la religion c’est ce que le Bon Dieu fait pour nous. Dieu accueille l’enfant prodigue, ouvre le paradis au bon larron, mange avec les publicains et les pécheurs, engage la conversation avec la Samaritaine, réintègre Marie-Madeleine à la communauté, protège la femme adultère, sort les lépreux de leur isolement, pardonne à Pierre après son reniement, choisit Paul de Tarse, le persécuteur, etc., etc.
Nous sommes invités nous aussi à travailler dans la vigne du Seigneur, lieu de bonheur et d’alliance avec Dieu et avec les autres, symbole de la bonté et de la générosité de Dieu.
