Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 20 juin 2024 – Matthieu 6, 7-15
« Lorsque vous priez, ne rabâchez pas comme les païens… Vous donc, priez ainsi : « Notre Père … »
La prière du « Notre Père », nous l’avons sans doute prié des milliers de fois. Ces mots appris par cœur, nous courons toujours le risque de les dire très vite. Je dirais qu’il faut sans cesse réapprendre à les prononcer avec le cœur. Il faut nous laisser habiter par le silence qui monte en nous, le silence de Dieu.
Nous nous tournons d’abord vers le Père.
Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus disait : « Quand nous commençons à prier, prenons d’abord le temps de penser à qui nous parlons. Rappelons-nous qui est ce Père, et qui est Jésus, le Maître qui nous a enseigné à prier.
En agissant ainsi, nous montrerons à Dieu que nous L’aimons. Représentons-nous le Seigneur lui-même près de nous. Voyons avec quel amour et quelle humilité Il nous enseigne. Restons avec cet Ami si bon autant que nous le pouvons. Nous nous habituerons à le considérer près de nous. Prenons le temps de le regarder. Lui ne nous perd jamais de vue. Il est inutile de beaucoup lui parler, car il n’aime pas que nous nous cassions la tête, en Lui parlant beaucoup. [1]
Et puis nous nous tournons vers nos frères et sœurs.
Dès la première parole, lorsque nous disons « Notre Père », les limites de nos familles de sang partent en éclats, et nous devenons membre d’une famille sans nombre. Nous sommes alors engagés à reconnaître en tout visage humain un frère, une sœur, et à lui dire : « mon frère, ma sœur » !
« Un vieux rabbin demandait une fois à ses élèves à quoi l’on peut reconnaître le moment où la nuit s’achève et où le jour commence.
Un élève lui demanda : « Est-ce lorsqu’on peut sans peine distinguer de loin un chien d’un mouton? » « Non », dit le rabbin.
Un autre lui dit : « Est-ce quand on peut distinguer un dattier d’un figuier? » « Non », dit le rabbin.
Mais alors, quand est-ce donc? Demandèrent les élèves.
Le rabbin répondit : C’est lorsqu’en regardant un visage de n’importe quel homme, tu reconnais ton frère ou ta sœur. Jusque-là, il faisait encore nuit dans ton cœur » [2]
[1] Le chemin de la perfection, chapitre 28
[2] Paraboles pour aujourd’hui, Jean Vernette
