Mgr J-C. Dufour- 20 juin 2020 – Luc 2,41-51

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 20 juin 2020 – Luc 2,41-51

 

« Il grandissait en sagesse et en grâce. »

Est-ce que saint Luc voulait nous raconter une crise d’adolescence de Jésus. Je ne suis pas prêt à en dire autant. Il est certain que la maison de Nazareth a été pour Jésus un centre d’apprentissage. On sait que toute sa vie il est demeuré « fils du charpentier ». Il a grandi entouré de l’amour de Marie et de Joseph, de leur tendresse. Il a appris d’eux les valeurs traditionnelles, la foi, la prière, la justice, l’honnêteté, la sérénité le respect des autres, la sincérité, l’esprit de service et la joie de vivre. Ainsi il a développé une relation positive avec Dieu et avec les autres, et ce grâce à ses parents.

Saint Luc nous dit : « Chaque année, les parents de Jésus se rendaient, à Jérusalem pour la fête de la Pâque. »   « Chaque année », c’est dire la fidélité relieuse de Marie et de Joseph dans laquelle Jésus a grandi. On sait qu’ils faisaient trois pèlerinages annuels, pas avec la voiture de l’année, mais à pied, 155 km de Nazareth à Jérusalem.

Marie et Joseph avaient un profond respect des valeurs religieuses. Le texte nous en rappelle une.  Quand le jeune garçon atteignait l’âge de 12 ans, il devenait un « Fils de la Loi ». Il était initié à l’âge adulte ; il pouvait commencer à participer aux célébrations de la communauté ; il avait les mêmes obligations et les mêmes responsabilités que les adultes. C’est à ce titre que Jésus accompagne ses parents à Jérusalem pour la fête.

J’ai dit tantôt que je n’étais pas certain que saint Luc voulait nous raconter la crise d’adolescence de Jésus ; il n’en reste pas moins que, malgré tous les efforts des parents, les enfants ont besoin de faire leurs propres expériences.

Pendant que ses parents participent au pèlerinage à Jérusalem, Jésus les accompagne, et pendant ce pèlerinage, sans avertir ses parents, il fait une fugue.   Ce n’est pas par hasard que le seul détail que nous connaissons de Jésus pendant trente ans de vie cachée soit celui-là : un enfant fugueur, qui a fait souffrir ses parents… On peut imaginer le ton de sa maman inquiète. Elle ne comprenait pas ce qui se passait : elle retenait ces événements et s’interrogeait. « Sa mère gardait dans son cœur tous ces événements. »

Quand on enseigne aux enfants à marcher, il faut savoir qu’un jour, ils marcheront peut-être dans une direction différente que celle qu’on imaginait pour eux. C’est ce qui est arrivé à Jésus, à l’âge de 12 ans ; ses parents ne comprenaient pas son comportement.

Dans l’évangile, ce matin, saint Luc veut surtout nous révéler quelque chose de bien particulier, l’identité de Jésus, le fils de Dieu, Jésus-Christ qui se sent très bien dans le Temple, « les docteurs de la Loi s’extasiaient de ses réponses ». Il se sentait aussi bien dans la maison de son Père : « Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? »  Le cœur de Jésus adolescent est de plus en plus attiré vers le Père céleste.

Vous avez peut-être l’impression que je n’ai pas beaucoup parlé du « Cœur Immaculé de Marie ». J’ai pourtant souligné le cœur de Marie en la présentant comme une maman aimante et délicate, comme une éducatrice dans le fond de l’âme, comme une maman attentive aux traditions de son peuple, comme celle qui n’hésitait pas à aller à Jérusalem trois fois par année, comme celle qui savait accueillir le Seigneur humblement, comme celle qui avait souffert, une première fois, de la fugue de son enfant, et surtout comme celle qui « gardait dans son cœur tous ces événements ».

Comme on dit dans le texte de méditation du Prions en Église, les événements vécus par Marie étaient pour elle l’équivalent de la Parole de Dieu. Aussi, suivre son exemple, c’est laisser l’Esprit-Saint demeurer en nous et nous rendre purs.