Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 20 juillet 2020 – Michée 6,1-4.6-8
« Pour ceux qui t’aiment, Seigneur, tu as préparé des biens que l’œil ne peut voir, répands en nos cœurs la ferveur de ta charité. » Cette phrase de la prière d’ouverture prend ses racines dans une épître de saint Paul qui disait : « Mais ce que nous proclamons, c’est, comme dit l’Écriture : ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas venu à l’esprit de l’homme, ce que Dieu a préparé pour ceux dont il est aimé. »
Saint Basile, commentant cet évangile où un homme avait eu une immense récolte. Il disait : « Mais ses greniers craquaient, trop étroits pour ses immenses dépôts, et son cœur d’avare n’était pas encore comblé. D’ailleurs, ses nouvelles récoltes s’ajoutaient sans cesse aux anciennes et les apports annuels venaient accroître son opulence, de sorte qu’il se trouva dans une situation sans issue. Il n’acceptait pas de se défaire de ses anciennes réserves, tant il était avare, et il n’arrivait plus à entreposer les nouvelles récoltes trop abondantes. De là les projets non réalisés et les angoisses insurmontables.
Car ce ne sont pas des bénéfices que la terre lui apporte, mais des soupirs. Elle ne lui procure pas d’abondants revenus, mais des soucis, des peines et un embarras extrême. Il pousse des lamentations comme le ferait un miséreux. Ne sont-ce pas là les plaintes de celui qui est réduit à la mendicité ? Que vais-je faire ? »
Que vais-je faire ? La réponse était pourtant simple : « Je rassasierai les affamés, j’ouvrirai mes greniers et j’inviterai les pauvres. J’imiterai Joseph, j’annoncerai à tous ma charité, je ferai entendre une parole généreuse : ‘Vous tous, qui manquez de pain, venez à moi. Que chacun prenne une part suffisante des dons que Dieu m’a accordés ! »
« Pour ceux qui t’aiment, Seigneur, tu as préparé des biens que l’œil ne peut voir ». On pourrait bien penser que Dieu a préparé des choses merveilleuses pour la fin de notre vie, c’est vrai aussi, on ne peut ignorer le paradis, mais ce que l’oreille n’a pas entendu, ce que l’œil n’a pas vu, c’est maintenant, c’est dans l’aujourd’hui.
Cet homme avait découvert que le bonheur n’est pas dans l’abondance de ses biens, mais dans la charité.
Un des premiers cadeaux de Dieu, une des premières sources du bonheur, un bien que l’œil ne peut voir, c’est celui de la charité. « Répands dans nos cœurs la ferveur de ta charité. » C’est quelque chose que nous savons depuis très longtemps, mais nous sommes tellement fragiles que nous avons toujours besoin de le demander.
« Pour ceux qui t’aiment, Seigneur, tu as préparé des biens que l’œil ne peut voir. »
Le prophète Michée nous dit à pleine page ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment. Nous avons la chance de connaître le Dieu véritable, celui qui prend soin de son peuple comme le meilleur des bergers. Nous avons la chance, contrairement à bien d’autres, de savoir que Dieu nous offre le pardon, un pardon plein de tendresse et d’amour envers nous.
Apprenons à nous abandonner totalement à l’amour du Père, c’est ce qui manque à notre bonheur.
