Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 20 février 2025 – Marc 8, 27-33
« Alors, il leur défendit vivement de parler de lui à personne. »
On a entendu la même phrase vendredi dernier. On la voit ailleurs aussi! Pendant longtemps, cette phrase-là m’a intrigué. Pourquoi Jésus, le messie qui veut venir sauver le monde ne veut pas qu’on parle de lui? Il me semblait que ça devait être le contraire.
Depuis longtemps, en Israël, on se faisait une fausse image du Messie, une image qui perdurait encore au temps de Jésus.
Qu’on se souvienne de la demande de la mère de fils de Zébédée qui demandait de bonnes places pour ses fils, de la réaction des disciples d’Emmaüs devant la mort de Jésus; ils espéraient que c’était lui qui allait délivrer Israël. Cette vision du Messie qui circule encore parmi les gens de son temps, Jésus n’en veut pas.
C’est pour cette raison qu’il commence à enseigner ses disciples sur ce qui allait lui arriver : ses souffrances, son rejet par les Anciens, sa mort et sa résurrection le troisième jour.
Pierre n’en revient pas. On sent sa révolte. Que Jésus soit le messie, oui, il le reconnaît, mais pas un Messie comme ça. Et, pour la deuxième fois, Jésus réagit fortement allant jusqu’à avertir Pierre qu’il devient un adversaire plutôt qu’un vrai disciple.
La tentation du pouvoir et du prestige, le peuple d’Israël l’a connue.
Le démon a cherché à éprouver le Seigneur de la même manière au désert.
Et, on n’est pas à l’abri. On peut facilement tomber dans les mêmes pièges.
On aimerait bien que notre amour du Christ nous donne le sentiment d’une réussite personnelle, un certain prestige.
On aimerait bien que notre amitié avec Jésus nous dispense des difficultés de chaque jour,
nous dispense d’une conversion qui demanderait trop de courage.
Et Jésus, amicalement, s’approche pour venir nous dire comme à Pierre :
« Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »
Bien sûr, nous voulons suivre Jésus jusqu’à la gloire!
C’est notre espérance, c’est tout le sens que nous donnons à notre vie, mais Jésus vient nous dire que la route vers la gloire passe par la croix.
Porter notre croix de chaque jour, ça ne veut pas dire foncer la tête baissée vers la souffrance, Jésus lui-même ne l’a jamais fait.
Ça veut dire prendre sur nous chaque jour, dans la foi, les conséquences de notre fidélité au Christ,
accepter toutes les petites morts qui se présentent à nous, et surtout, sans doute,
poser mille et un petits gestes de courage que demande la charité.
