Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 2 novembre 2020 – Commémoration des fidèles défunts – Jean 6, 37-40
On dit souvent que le mois de novembre, c’est le mois des morts. Il me semble qu’on devrait bien plus dire que c’est le mois des ressuscités. Hier, le premier jour du mois, c’était tout de même la fête de tous les saints, les saints connus, inconnus et à venir. Ils étaient tellement beaux les mots de la préface : « C’est là, dans la cité du ciel, que nos frères et nos sœurs, les saints et les saintes, déjà rassemblés, chantent sans fin ta louange… Nous sommes joyeux de savoir dans la lumière ces enfants de notre Église ».
Au moment où nous sommes rassemblés pour faire mémoire de nos défunts, on ne peut pas oublier vos sœurs qui sont partis depuis la fondation de la communauté, votre mère fondatrice, S. Marie Zita de Jésus, l’abbé Mangin, et toutes celles qui les ont suivis. On ne peut oublier non plus celle qui nous ont quitté cette dernière année : S. Marie-Élisabeth-de-la-Trinité et S. Marie-Jeanne-du-Lys. Pendant ces célébrations, nous avons proclamé notre espérance et notre foi dans la résurrection, joyeux de savoir nos sœurs, ces enfants de notre église, dans la lumière.
Il y a eu aussi les deuils qui remontent à des années dans nos familles, nos parents, nos frères et nos sœurs, d’autres qui ont été vécus cette année. Comme je le disais, il n’y a pas si longtemps, la mort se présente à nous, obstinée, inattendue, importune, comme la limite absolue qui nous oblige à donner un sens à la vie, celui que notre foi nous donne.
Un médecin japonais, le Docteur Paul Nagaï, victime à petit feu des effets de la bombe atomique qui a détruit Nagasaki, raconte comment il a entrevu l’immortalité dans le dernier regard de sa mère mourante. Au moment où il faisait ses études en médecine, il fut ébranlé au plus profond de lui-même devant le regard chargé de lumière et d’amour de sa mère mourante. Il se dit alors : « C’est impossible qu’un tel regard soit condamné à mourir ». Alors, avec une immense ferveur, il embrassa la foi chrétienne et Dieu devint pour lui la respiration de sa vie. Il avait compris que « l’amour est plus fort que la mort » comme le dit le Cantique des Cantiques, (Cant. 8,6)
Cet amour plus fort que la mort, c’est en Jésus qu’on le voit le plus, en celui qui est mort sur une croix par amour pour nous. Quand nous proclamons notre foi, nous affirmons que, par amour, Jésus « est descendu jusqu’aux enfers », dans la solitude la plus épouvantable et la plus désespérante pour nous en libérer. Quand on est porté par Celui qui est la Vie avec un grand « V », assisté par Celui qui est l’Amour avec un grand « A », alors on peut vraiment dire que la mort est vaincue par lui.
Le psaume que nous avons prié est un curieux mélange de joie et d’anxiété. Le psalmiste, en même qu’il affirme qu’il verra la bonté de Dieu, se demande s’il pourra habiter la maison du Seigneur. Ce mélange de confiance et de crainte, Jésus l’a vécu au jardin de Gethsémani. Tout en ressentant la proximité de son Père, il est saisi de frayeur devant l’épreuve qui l’attend. Le psalmiste nous invite à retrouver la confiance dans la bonté du Seigneur.
Le sage, dans la 1ière lecture nous disait : « Les gens voient cela sans comprendre; il ne leur vient pas à l’esprit que Dieu accorde à ses élus grâce et miséricorde, et qu’il intervient pour ceux qui lui sont fidèles. »
L’évangile que nous avons écouté était on ne peut plus clair. « Celui qui vient à moi, je ne vais pas le jeter dehors ». « La volonté de Celui qui m’a envoyé : que je ne perde aucun de ceux qu’il m’a donnés, mais que je les ressuscite tous au dernier jour ». Dans la préface, je dirai : « C’est en lui qu’a resplendi pour nous l’espérance de la résurrection bienheureuse. » On sent que l’Église veut insérer au plus profond de notre cœur la conviction qui traverse notre célébration d’un bout à l’autre.
En participant à cette Eucharistie, rappelons-nous ces mots du Seigneur : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; je le ressusciterai ». (Jn 6,54) Forts de cette conviction, prions le Seigneur d’ouvrir sa maison de prière à nos frères et sœurs défunts, car c’est pour eux que nous célébrons le sacrement de la Pâque.[1]
[1] Prière après la communion.
