Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 2 mai 2020 – Jean 6,60-69
« Voulez-vous partir vous aussi ? »
La même foule qui le suivait, nombreuse, parce qu’elle avait vu des signes, la même foule qui l’avait écouté toute la journée, la même foule qu’il avait nourrie de ses mains avec quelques petits pains et quelques petits poissons, la même foule qui le suivait parce qu’elle avait été rassasiée, la même foule qui avait pris le bateau pour aller à la recherche, qui voulait en faire leur roi. Tout à coup, les gens qu’il avait nourris murmuraient à son sujet et se disputaient entre eux.
Que s’est-il passé ? Jésus leur avait proposé de faire un pas de plus. Il disait que son Père leur donne le vrai pain du ciel et que ce pain descend du ciel et donne la vie au monde. Alors le Seigneur leur expliqua que c’était lui le pain de vie, que la volonté de son Père était qu’il ne perde rien de tous ceux qu’il lui a donné, mais que je les ressuscite tous aux derniers jours.
Quand quelqu’un suit le Seigneur pour de fausses raisons, il peut l’appeler « Seigneur » et « roi », mais quand les choses tournent contrairement à nos souhaits, alors le Seigneur devient ce « Jésus ». Évidemment, Jésus n’était pas à leur goût. Plutôt que de changer leur vision, ils l’abandonnèrent. « À partir de ce moment, beaucoup de disciples s’en retournèrent et cessèrent de l’accompagner. »
Le murmure ne passa pas inaperçu du Seigneur. Cependant, il ne court pas après eux pour expliquer le malentendu. Il sait que pour rester avec Lui, il faut avoir des raisons justes. Et puis Il se tourna vers les douze et leur dit : « Voulez-vous partir, vous aussi ? »
Le Seigneur ne garde pas quelqu’un malgré lui. Il avait beaucoup investi dans ces gens. Il leur avait donné la puissance. Il leur avait donné l’autorité. Ils firent des miracles. Il leur avait ouvert Son cœur. Il les avait appelés Ses amis. Cependant, Il ne leur imposait pas son contrôle et il ne force personne. Il nous veut auprès de Lui non pas seulement parce qu’Il le veut, mais aussi parce que vous aussi le voulez. « Voulez-vous partir, vous aussi ? » Et c’est alors que Pierre Lui répondit : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Quant à nous, nous croyons, et nous savons que tu es le Saint de Dieu. »
L’Alliance, l’engagement avec Dieu n’est jamais chose faite. Elle est remise en cause à tous les tournants de notre vie. Il faut toujours rechoisir entre Dieu et ces dieux que sont l’argent, le pouvoir, la consommation, etc. Chaque eucharistie nous invite au choix. Quand le prêtre nous donne la sainte hostie et nous dit : « Le corps du Christ », et que nous répondons « Amen », sachons que cet Amen est plus qu’un : « Je crois en la présence réelle »; il engage : « Amen, oui, je laisse entrer le Christ dans ma vie ».
