Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 2 janvier 2022 – Épiphanie – Matthieu 2, 1-12
Je suis porté à dire qu’en ce temps de Noël, nous fêtons deux petites jumelles pas identiques mais pas loin. Dans les deux cas, nous célébrons la manifestation du Seigneur au monde par le moyen d’un enfant.
La première petite jumelle, c’est la fête de Noël, la fête où Dieu se manifeste aux Juifs représentés par les bergers qu’on considérait à l’époque comme les marginaux de la société.
Et la deuxième petite jumelle, c’est la fête d’aujourd’hui, l’Épiphanie, où Dieu se manifeste aux païens représentés par des mages venus d’Orient. On peut dire que ces deux fêtes, Noël et l’Épiphanie, sont comme les deux versants d’une seule et même fête. Si la fête de Noël a plus de relief chez nous, celle de l’Épiphanie en a plus dans l’ensemble du monde oriental, dans l’Église orthodoxe.
Je vous propose aujourd’hui de réfléchir ensemble sur deux contrastes saisissants que Matthieu nous raconte dans cette histoire des mages venus d’Orient qui arrivent à Jérusalem.
Dans le premier de ces contrastes, on pourrait penser qu’il y a une couronne royale qui est en jeu; en effet, il est question de roi.
C’est vrai! On a l’impression que Matthieu nous pose la question : « Qui est réellement le roi des Juifs? » Est-ce le Hérode, un vieux malade, un tyran puissant, meurtrier et violent?
Ou est-ce Jésus, le nouveau libérateur d’Israël? Il est déjà poursuivi par Hérode, on l’a compris dans la fête de saints Innocents?
C’est une histoire qui fait penser à Moïse poursuivi par Pharaon.
Quand les mages demandent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître? », ils parlent de Jésus, le petit enfant faible, dépendant, incapable de se défendre. Mais ce titre de « le roi des Juifs » donné par les mages reviendra particulièrement souvent dans les toutes dernières pages de l’évangile de Matthieu. Il sera dans la bouche des soldats, des grands prêtres et des scribes, dans la bouche de Pilate. On crucifiera Jésus pour cette raison. On l’inscrira en quatre langues sur la croix. La question des mages annonce ce qui arrivera à la fin.
Pourtant, tout au long de son évangile, Matthieu présente Jésus comme un roi humble, comme quelqu’un qui n’est pas venu pour être servi mais pour servir.
Définitivement, il faut comprendre que le Royaume de Jésus ne ressemble pas du tout aux royaumes de la terre et, il faut le dire, encore moins à celui d’Hérode.
Le deuxième contraste qu’on peut voir dans l’évangile de Matthieu, c’est la différence qu’on peut voir entre la ville de Jérusalem et le petit village de Bethléem.
Jérusalem, c’est la plus grande ville du pays. On le sait, c’est le lieu privilégié du Temple, le centre du culte d’Israël. On le voit bien dans l’évangile : Joseph et Marie s’y trouvent pour la présentation, le vieillard Syméon, la prophétesse Anne. Jésus s’y est trouvé souvent; il y a parlé, a fait du ménage. Les gens de Jérusalem étaient certains qu’ils possédaient la vérité depuis fort longtemps. On le voit dans l’évangile de Matthieu ce matin. Le roi Hérode réunit les grands prêtres et les scribes pour savoir où devait naître le Christ. La réponse est claire, mais personne ne se met en marche, personne ne se déplace pour le chercher, contrairement aux mages qui poursuivent leur démarche.
Matthieu a écrit son Évangile pour des gens qui se croyaient supérieurs au reste du monde parce qu’ils appartenaient au peuple choisi. Il les invite à reconnaître le «roi des juifs» dans un petit enfant, déposé dans une mangeoire. Le Seigneur a choisi de naître et de s’incarner, à Bethléem, lieu simple et retiré, humble bourgade où vivent des gens simples et ouverts à Dieu. Ce ne sont pas les puissants laïcs ou religieux d’Israël qui le découvrent, mais des étrangers venant de loin et exerçant une profession méprisée, l’astrologie.
À travers ce récit, Matthieu s’adresse à chacun et chacune de nous.
Quelle image nous faisons-nous de Dieu?
Sommes-nous toujours comme les mages, des gens en quête de lumière et de vérité?
