Mgr J-C. Dufour- 2 août 2020 – 18e dimanche ordinaire – Matthieu 14,13-21

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 2 août 2020 – 18e dimanche ordinaire – Matthieu 14,13-21

 

Quand j’étais au grand séminaire,  j’avais invité Étienne, un japonais, à venir passer les vacances de Noël chez nous pour lui permettre d’en vivre lui aussi dans une famille.  Étienne était un bon magicien et, pendant deux semaines, il avait fasciné les deux plus jeunes chez nous par ses tours de magie et ses talents de décorateurs.

Dans l’évangile, on a vu Jésus nourrir une foule de 5000 personnes dans le désert un bon soir.  Il y a là quelque chose de fascinant!   Mais, on a bien compris que Jésus n’a pas voulu jouer un bon tour de magie pour jeter de la poudre aux yeux des gens!  Il n’a pas voulu nous dire que maintenant les croyants et les croyantes pouvaient se croiser les bras pour attendre du ciel leur nourriture quotidienne!   Dieu ne nous a pas créés libre pour nous traiter ensuite comme si on n’avait aucune autonomie.

D’ailleurs, vous avez sans doute remarqué que, même si Jésus fait un grand miracle,  les apôtres n’ont pas eu le temps de chômer.  On voit bien qu’ils se font du souci pour la foule!  Ils le disent  à Jésus.  Et puis, il  leur demande d’aller chercher les cinq petits pains et les deux poissons;  de distribuer ensuite la nourriture.  A la fin, ils doivent ramasser ce qui reste.  Ils se manifestent comme des collaborateurs.

On a un bel enseignement sur l’Eucharistie dans notre évangile.  Tantôt, au moment de la consécration,  je vais reprendre, à peu de différence près, les mêmes mots que Jésus a dit lors de la multiplication des pains :  « Il prit les cinq pains…et, levant les yeux au ciel, il prononça une bénédiction, il rompit les pains, il les donna aux disciples. »  Le lien est clair avec notre eucharistie.

Ce jour-là, Jésus avait rassemblé une grande foule qui le cherchait!  C’est encore lui qui nous rassemble pour l’eucharistie!  Jésus a été saisi de pitié pour la foule d’autrefois,  affamée de ses paroles et affamée de pain… Il éprouve autant d’intérêt pour nous aujourd’hui. Jésus n’a pas abandonné ceux qui s’étaient rassemblés dans le désert pour l’entendre.

Il n’abandonne pas plus aujourd’hui, ceux et celles qui se regroupent autour de sa Parole et de son pain…

Et, à chaque fois qu’aujourd’hui, des disciples de Jésus, comme les apôtres l’ont fait autrefois, nous donnent le pain de la vie,  c’est le Seigneur qui, à nouveau,  vient nous dire son désir de nous réconforter,  qui vient nous redire comment il nous aime,  comment il veut apaiser nos faims les plus profondes. Jésus a souvent parlé de lui-même comme la vraie nourriture, le vrai pain de vie.

Il y a beaucoup de monde en vacances.   Et comme par hasard, j’ai trouvé une prière intitulé « Ce serait les vacances ».  Je sais que vous ne prenez pas de vacances,  mais je vous lis cette prière parce qu’elle nous parle bien de Jésus, la vraie nourriture que nous attendons.

 

Je voudrais voir un homme

assis sur la margelle d’un puits,

demander un peu d’eau,

de cette eau qui fait vivre

tout ce qui sur la terre a soif,

les gens, les bêtes et les plantes…

Ce serait les vacances!

Je voudrais voir un homme,

un homme de trente ans,

avec des muscles durs, et le visage ouvert,

monter, la nuit, sur la montagne,

et se casser d’amour dans la prière,,,

longtemps, longtemps, à éveiller l’aurore…

ce serait les vacances !

Je voudrais voir un homme

arrêter un convoi, en pleine rue,

et dire à une mère en deuil :

« Ne pleure plus »,

à un pécheur que l’on montre du doigt;

« Viens, sois mon ami, suis-moi »,

faire de la boue avec la salive de sa bouche

et la poussière du chemin,

toucher des plaies, écouter, entendre,

 

tout prendre sur son dos

de la souffrance des autres…

ce serait les vacances!

Je voudrais voir un pauvre tendre la main

pour livrer tout ce qu’il est,

son corps, sa peau, son sang, son rire;

je voudrais voir un homme

donner sa veste et son manteau

à celui qui lui prend sa chemise;

je voudrais voir un homme

embrasser celui qui le frappe,

je voudrais voir un homme

sur l’épaule d’une colline

aller avec ses frères

et parler à contre-sens

de bonheur, de puissance et d’argent…

Je voudrais voir un homme

debout dans les étoiles,

et qui marcherait sur la mer,

à la rencontre de son Dieu,

à la rencontre des autres…

Ce serait les vacances!

et, si j’étais celui-là!