Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 1er novembre 2020 – La Toussaint — Matthieu 5,1-12 a
« Une foule immense que nul ne pouvait dénombrer, de toutes nations, races, peuples et langues. »
C’est comme ça que le livre de l’Apocalypse décrit la fête de la Toussaint, comme la célébration anticipée de la fin de l’histoire, de cette fête qui rassemblera tous les saints, ceux d’hier, ceux d’aujourd’hui et ceux qui sont encore à venir. La foule est si immense que personne ne peut dénombrer. C’est gros, impossible à décrire. Alors, la fête de la Toussaint apparaît comme la fête la plus grandiose et la plus somptueuse de l’année liturgique. Nous anticipons tellement ce moment, qu’à la messe, au moment du Mémento des défunts, nous sommes prions pour ceux que nous appelons les morts, mais qui sont vivants de la vie même de Dieu.
Lorsque ce jour viendra pour nous, nous serons semblables à ceux que Saint Jean nous décrit dans la 2e lecture : « Lorsque le Fils de Dieu paraîtra, nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu’il est ». Autrement dit, Saint Jean nous invite à contempler la grandeur de cet amour dont le Père nous a comblés en voulant que nous soyons appelés ses fils dans son Fils unique.
Ce dessein d’amour de notre Dieu manifesté une première fois dans la création s’est exprimé plus encore clairement dans le mystère de l’Incarnation de son Fils. Ce dessein d’amour n’a qu’un seul but, celui de nous sauver tous et chacun, de nous faire participer à la vie divine, Dieu veut qu’on arrive à cette vie, il veut que nous communiions à ce bonheur.
Dieu veut notre bonheur. Les Béatitudes que nous avons entendues dans l’évangile ne sont pas simplement un code moral, ou un idéal, une sagesse de vie. Elles sont une bénédiction de Dieu sur notre humanité. Elles sont un appel à l’espérance.
On trouve les béatitudes dans de nombreux psaumes : au psaume 1 « Heureux l’homme qui se plaît dans la loi du Seigneur. » (Ps 1, 1) Au psaume 111 : « Heureux qui craint le Seigneur et aime entièrement sa volonté. » (Ps 111, 1.) Au psaume 36 : Les « doux posséderont la terre et jouiront d’une abondante paix » (Ps 36, 11.) Au psaume 106 : « Il comble de biens les affamés » (Ps 106, 9.) Au psaume 118 : « Heureux les hommes intègres en leurs voies, qui marchent suivant la loi du Seigneur. Heureux ceux qui gardent ses exigences, ils le cherchent de tout cœur. » (Ps 118, 1-2.)
Ces Béatitudes, comme le psalmiste, nous invitent, à nous tenir « debout devant Dieu ». Le psalmiste dit sa confiance dans tous les événements de sa vie, la même confiance que saint Paul exprime aux Romains : « J’en ai la certitude : ni la mort ni la vie, ni les anges ni les Principautés célestes, ni le présent ni l’avenir, ni les Puissances, ni les hauteurs, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur. »
Il nous faut apprendre la pauvreté du cœur et la douceur, il nous faut sans doute pleurer sur nous-mêmes et sur le péché du monde, pour devenir peu à peu miséricordieux. Il nous faut être affamés et assoiffés de justice pour pouvoir vivre la bonté et la pureté du cœur. Il nous faut passer par la contradiction, par la persécution — à cause du Christ — pour savoir si nous sommes véritablement des artisans de paix.
Qu’il nous soit donné dans cette Eucharistie de nous enraciner davantage en Jésus-Christ. Fortifiés dans l’espérance qu’il nous soit donné de devenir des « saints », non pas des personnes parfaites, mais des personnes qui accueillent la vie de Dieu et qui cherchent à s’ajuster à sa volonté.
Que cette fête de « tous les saints », qui est aussi notre fête, vienne accomplir en nous les promesses de notre baptême, les promesses de Dieu manifestées dans le Christ Jésus notre Seigneur.
