Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 1er mars 2021 – Luc6, 36-38
Depuis deux semaines déjà, nous marchons vers Pâques. Nous voulons mettre nos pas dans ceux de Jésus. Nous voulons avoir les mêmes sentiments que lui avait dans son cœur.
Mais il met la barre très haute, si loin qu’on a de la peine à le suivre quand il nous dit : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux… Alors, vous serez les fils du Dieu très haut ». Ça semble un idéal inaccessible : comment pourrions-nous pardonner à la hauteur de Dieu, avoir le cœur bon et miséricordieux comme lui ?
Nous le savons bien : nous en sommes loin !
C’est vrai que les pages de l’évangile sont pleines de démesure. Si ta main entraîne ta chute, coupe-la ! Si quelqu’un te gifle, tends-lui l’autre joue.
Le curé d’Ars disait : « si vous avez la charité, n’examinez jamais si ceux à qui vous donnez vous ont fait quelque tort ou dit quelque injure, s’ils sont sages ou non. »
La démesure de la foi est celle d’aller à contre-courant et nous entraîne vers ceux envers qui nous avons peu de sympathie.
Et pourtant, en même temps, nous sentions aussi en nous quelque chose d’infini, comme un appel à aller toujours plus loin, quelque chose comme un appel où passe déjà le souffle Saint du Dieu miséricordieux. Et alors, tout à coup, l’appel de Jésus à être comme notre Père ne nous paraît pas quelque chose d’insensé, mais au contraire comme un chemin qui s’ouvre à nous et s’offre comme une invitation à suivre.
Dans le mot « miséricorde », on trouve deux autres mots : « misère » et « cœur ». L’attitude de miséricorde, c’est une attitude guérissante pour nous. Nous savons que nous sommes pécheurs dans un monde de pécheurs et nous demandons le pardon de Dieu. C’est par son amour que Dieu nous sauve et nous lui demandons la grâce de devenir comme lui. C’est de Dieu que nous pouvons recevoir une attitude de miséricorde quand nous sommes touchés par la misère de nos frères et de nous sœurs.
Nous demandons à Jésus de devenir comme lui. Rappelons-nous que Jésus a été un modèle de démesure à notre endroit. Divin, il se fait humain.
Le Très-Haut se fait très bas.
Il a été un modèle incomparable de respect envers chaque être humain en se refusant à porter sur nous un jugement définitif.
