Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 1er mars 2020 — Premier dimanche du carême — Matthieu 4,1-11
L’Évangile vient de nous raconter les épreuves de Jésus au désert et nous dire comment il s’en est sorti. On pourrait bien se dire que les tentations de Jésus, ça s’est passé il y a bien longtemps, et puis c’est tout. Pourtant les tentations de Jésus sont nos tentations et nous sommes invités aujourd’hui à prendre les mêmes chemins que lui pour nous en sortir. Ce que les tentations de Jésus nous disent, c’est que le « Jésus » que nous voulons souvent, n’est pas celui que, lui, il veut être. Souvent nous voudrions un Jésus magique, puissant, spectaculaire, pour qu’on voie bien qu’Il est le Fils de Dieu et qu’il est capable de transformer le monde.
Il nous arrive de vouloir que Jésus change les pierres en pain ; qu’Il fasse pour nous des petites merveilles, des petits miracles. Nous voulons un Dieu fabriqué à notre image. Même chose pour les personnes, nous voulons qu’elles soient à notre mesure. Mais lui, ce qu’il veut, c’est changer nos cœurs de pierre en cœur de chair, et éveiller en nous une grande faim de la Parole de Dieu.
Et parce que Dieu est notre Père, nous nous disons qu’il se doit de répondre à toutes nos prières et à tout prix, un peu comme si on lui passait une commande ! Et parce qu’il ne répond pas toujours à nos moindres désirs, je l’ai entendu souvent, on veut l’abandonner, tout lâcher. Au moment de l’épreuve, Jésus continue de mettre toute sa confiance en son Père. Le Seigneur entend nos prières ! Rappelons-nous aussi qu’il sait bien plus que nous autres ce dont nous avons besoin.
Et puisque Dieu ne répond pas toujours à nos prières, on se demande qu’est-ce que ça donne de croire en lui ! Et alors, on se laisse séduire par les maîtres du pouvoir qui promettent richesse et réussite. Le Royaume de Jésus n’est pas celui de la puissance, mais celui des Béatitudes. « Heureux les cœurs pauvres qui demandent à Dieu le pain de la Parole ».
Je pense que le récit des tentations de Jésus vient juste nous dire qu’on a encore pas mal de chemin à faire pour emprunter la route de Jésus et le suivre en portant nos croix. C’est pourquoi le carême est fondamentalement un chemin qui nous fait revenir à la source du premier sacrement que nous avons reçu : le baptême.
La 1re lecture nous a dit tantôt que, lors de la création, le Seigneur a modelé un homme avec de la terre, qu’il a insufflé sur lui son esprit et qu’il est devenu un être vivant. Je pense à une phrase du prophète Jérémie que je trouve bien parlante :
« Je descendis chez le potier ; il était en train de travailler au tour. Quand, par un geste malheureux, le potier ratait l’objet qu’il confectionnait avec de l’argile, il en refaisait un autre selon la technique du bon potier… “Vous êtes, dit le Seigneur, dans mes mains, comme l’argile dans la main du potier.” (Jér. 18,2-4)
Durant ce temps du carême, nous sommes invités à nous laisser travailler, modeler et remodeler pour qu’il soit au goût du grand potier. Il suffit de nous rappeler que le carême que nous commençons est une occasion qui nous est donnée, de nous remettre entre les mains du Seigneur, pour nous laisser façonner, remodeler par lui dans la pratique de l’Évangile.
Pendant 40 jours, nous prierons le Seigneur pour qu’il vienne surtout remodeler notre cœur afin qu’il ressemble un peu plus au sien.
Je souhaite que ce carême 2020 soit un temps qui nous permette de redéfinir nos relations avec le Bon Dieu, un temps pour nous conscientiser à notre dignité d’êtres humains créés à l’image et à la ressemblance de Dieu, un temps qui nous permette de reprendre avec ardeur notre mission d’être le sel de la terre et la lumière du monde.
Il y a des mots, en français, qui sont proches parents du mot “Tentation”. Pensons encore au mot “Tentative”. Pourquoi ne pas tenter de dépasser nos limites, pas tout seul bien sûr, mais avec Jésus qui a vaincu toutes les tentations et qui nous accompagne continuellement par son amour. Pensons, par exemple, au mot “Tension”. Il me semble que ce temps de carême est pour nous une belle occasion de tendre encore plus vers la belle fête de Pâques.
