Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 1er Mars 2019
( Marc 10, 1-12 )
Alors que Jésus enseigne des foules, des pharisiens l’abordent pour le mettre à l’épreuve sur une question de mariage.
Vous pourriez bien penser que le père aumônier est pas mal coincé lui aussi, aujourd’hui, puisqu’il se doit de prononcer une homélie, sur une question de mariage, à des religieuses contemplatives engagées à vivre le célibat.
Ce serait vrai si on se contentait de faire une lecture légaliste de l’évangile.
Il n’y aurait pas moyen de s’en sortir ! Mais l’évangile, il ne faut jamais l’oublier, est écrit pour tout le monde, pour toutes les foules, y compris chacun et chacune de nous.
Le sage, dans la première lecture, nous parlait de cet ami qui base toute son amitié seulement sur l’émotion. Il est là quand tout va bien, quand ça lui convient, mais, au moindre signe de détresse, il s’enfuit ; et, s’il y a un désaccord, il peut même se transformer en ennemi. L’ami fidèle, c’est tout le contraire, son amitié résiste à l’épreuve et elle a tellement de valeur qu’elle n’a pas de prix.
À partir de la question des pharisiens sur le mariage, Jésus nous appelle à un amour qui résiste à l’épreuve, à un amour qui tient bon, qui dure.
Pour lui, c’est impossible d’apprendre à aimer si on fuit à la première contrariété.
Pour Jésus, la durée ou la permanence est un chemin qui nous est donné pour qu’on s’exerce à aimer, pour qu’apprenne à aimer parce que nous sommes à l’image de Dieu qui, lui, n’a jamais cessé de nous aimer.
Il n’y a personne qui peut s’exercer à aimer à notre place.
Pour s’exercer à aimer, qu’on soit seul ou en communauté, célibataire ou en couple, il faut, comme le disait si bien saint Paul, exercer notre patience, notre bonté, notre capacité de pardon ; il faut arrêter d’envier les succès des autres, d’entretenir de la rancune, de chercher son propre intérêt.
Vraiment, aimer, ce n’est pas une question d’émotion, c’est une question de gestes concrets en faveur de l’autre, c’est une façon de vivre à la manière de Dieu qui fait tomber la pluie sur les justes et les injustes, qui fait luire le soleil sur les bons et les méchants.
Pour s’exerce à l’amour, il faut dépasser l’attirance, l’attachement, la satisfaction personnelle.
S’exercer à l’amour, ce n’est pas chercher à transformer l’autre à notre image, ça commence nécessairement par un détachement de soi-même.
C’est tout un appel que Jésus nous lance aujourd’hui, nous donner une manière d’exister sur le mode de Dieu, un appel qui s’adresse à chacun et chacune de nous.
Apprendre à aimer à la manière de notre Dieu, ça ne peut pas se faire autrement que dans la permanence, dans la durée.
Apprendre à aimer à la manière de notre Dieu, c’est même le chemin de toute une vie.
Le psalmiste nous le faisait comprendre tantôt. Après avoir contemplé les merveilles de Dieu comme autant de preuves de son amour, il le prie de lui apprendra à aimer : « apprends-moi tes commandements ». Sa découverte de l’amour de Dieu pour lui fait surgir dans son cœur le désir de faire la volonté de Dieu : « Guide-moi sur le chemin de tes volontés, là je me plais ».
C’est un message particulièrement percutant au moment où nous invoquons le Sacré-Cœur de Jésus en disant :
« Dieu d’infinie bonté,
fortifie notre cœur de la force du Christ,
mets en nous le feu dont brûle son cœur ;
Nous lui ressemblerons davantage,
et nous pourrons entrer dans le bonheur
qu’il nous a mérité pour toujours. »
(Prière d’ouverture de la messe votive du Sacré-Cœur)
