Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 1er Mai 2019 – St Joseph, travailleur
( Matthieu 13, 54-58 )
Mercredi dernier, il y avait la première pelletée de terre pour marquer le début de la construction de votre nouveau monastère, un événement spécial et public. Les ouvriers vont se mettre au travail.
Et ce matin, comme par hasard, nous fêtons saint Joseph, travailleur, celui qu’on désigne comme le charpentier de Nazareth, le père de Jésus.
Dans ce contexte-là, il est un peu surprenant de voir que l’évangile ne fait que nommer Joseph, le charpentier. Pas un mot de plus ! Matthieu nous raconte que les gens accouraient vers Jésus pour voir ce qu’il allait dire ce fils de charpentier ? Ils manquaient de foi, ne se laissaient pas surprendre par les paroles surprenantes de Jésus. Ils regardaient Jésus de leurs yeux de chair, incapables de voir ou de soupçonner le mystère de Jésus.
Un des plus grands philosophes de tous les temps, Aristote, celui qui est à la base de toute la théologie de Saint Thomas, disait que tout savoir commençait par l’émerveillement, par le coup de foudre de l’admiration. On décrit l’évangile comme une école d’émerveillement, une école qui nous invite à nous donner des yeux « coup de foudre », pour voir en Jésus plus que le fils de Marie, plus que le fils du charpentier, mais le Fils même de Dieu.
Je me mets à votre place et je me dis : « les sœurs doivent penser que je passe à côté de la coche, ce matin, trop loin de saint Joseph, travailleur. » Mais je ne pense pas. Saint Joseph qui a dû apprendre à contempler comme vous. Je le vois comme un modèle de contemplation.
À quelques reprises dans sa vie, il a dû faire face à l’incompréhensible.
Alors qu’il projette de retourner Marie qui est enceinte en secret, un Ange vient lui dire : « Ne crains pas Joseph, de prendre chez toi Marie ton épouse, l’enfant qu’elle porte vient de l’Esprit-Saint. » Ne crains pas, demeure dans le cœur de Dieu.
Et quand Jésus, à douze ans, demeure à Jérusalem à l’insu de ses parents après la fête, ils le recherchent. Et quand ils le retrouveront au bout de trois jours, Jésus leur dira : « Ne saviez-vous pas que je dois être aux affaires de mon Père ? »
La vie contemplative du charpentier de Nazareth s’approfondit dans ces moments difficiles.
Joseph apprend à regarder son fils au-delà des apparences, à le regarder avec des yeux « coup de foudre ». Le charpentier s’ajuste au cœur de Dieu, plonge ses racines au cœur de l’amour. Il devient ainsi porteur d’un amour nouveau.
Votre vie ressemble à celle de Saint Joseph. Comme lui, au fil des années, vous avez appris à devenir de plus en plus contemplatives.
Je pense que c’est un bon moment aujourd’hui de relire ce que disent vos constitutions sur saint Joseph. Je lis :
- Les sœurs voient en Saint Joseph le plus fidèle imitateur de Marie, dans l’adoration et le service du Verbe fait chair.
Elles le considèrent comme leur plus puissant protecteur après la Vierge Immaculée et lui confient tout particulièrement leurs intérêts temporels et surtout le moment de leur mort.
15* Chaque jour, une religieuse est chargée de réciter une prière spéciale en son honneur.
16* Chaque année, une messe est célébrée… en reconnaissance des bienfaits obtenus par son intercession.
Pendant la construction de votre nouveau monastère, vous allez prier saint Joseph avec ferveur et espérance. J’invite ceux et celles qui se joignent régulièrement à vous à s’unir à vous par une prière quotidienne à saint Joseph. Vous pourrez prendre une image et une prière à saint Joseph à l’entrée.
Pendant sa vie, saint Joseph a appris à aller au-delà des images et des mots, à regarder Jésus de l’intérieur, à lire autrement les événements qu’il vivait.
Prions le Seigneur de nous donner la grâce d’apprendre, comme saint Joseph, à vivre dans un état d’émerveillement pour voir Jésus autrement, pour voir les gens qui nous entourent autrement, pour voir notre monde autrement. C’est tout le sens de notre vie, regarder le Seigneur sans jamais perdre l’émerveillement du premier regard posé sur lui.
Puisse saint Joseph nous donner son regard, un regard émerveillé, fasciné par un ailleurs qui nous dépassera toujours.
