Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 1er Juillet 2019 – Pour le pays
( Genèse 18,16-33 )
Sodome et Gomorrhe!
Quand j’ai commencé à lire la première lecture de ce matin, c’était clair qu’elle serait la base de mon homélie. J’ai toujours beaucoup aimé cette rencontre entre le Seigneur et Abraham. Je l’ai vu pendant longtemps comme tout un enseignement sur la miséricorde, ce qui est toujours vrai, mais aussi et peut-être surtout une belle leçon sur la prière.
Au tout début, le Seigneur s’était dit : « Est-ce que je vais cacher à Abraham ce que je veux faire? »
Alors, il lui fait part de son projet. C’est lui, le Seigneur, qui fait les premiers pas, ce qui entraîne la prière d’Abraham.
Ça vient bien nous rejoindre. Jésus nous a révélé le projet de Dieu. C’est toujours lui qui vient à nous le premier. Et notre prière est une réponse au premier pas que Dieu fait vers nous. On comprend tout de suite que nous ne sommes pas seuls dans la prière. Le Seigneur nous accompagne pour tourner nos cœurs vers nos frères et nos sœurs.
Le Seigneur confie à Abraham son projet, son intention pour ensuite lui donner la parole.
S’ensuit tout un dialogue entre le Seigneur et Abraham, comme entre deux amis qui discutent à cœur ouvert sur un sujet qui leur tient à cœur tous les deux.
Vraiment, on sent qu’ils sont sur la même longueur d’onde.
Il n’y a aucune ruse, aucune lutte, aucun marché entre les deux.
Il faut comprendre que la prière, que notre prière est une réponse à l’invitation de Dieu qui nous invite à entrer dans son plan de salut, sans calcul et sans convoitise, plan de salut qui est de partager son amour pour tous les êtres humains, les justes autant que les injustes.
À la fin de leur dialogue, Abraham dit : « Que mon Seigneur ne se mette pas en colère : je ne parlerai plus qu’une fois. Peut-être s’en trouvera-t-il seulement dix? Et le Seigneur déclara : « Pour dix, je ne le détruirai pas. »
Abraham s’arrête à dix justes, mais ils se connaissent tellement tous les deux, il y a tellement si grande intimité entre les deux qu’Abraham semble pressentir déjà ce qui est pour nous une évidence : « Un seul juste suffit pour le salut du monde ». Et ce juste, nous le connaissons très bien, c’est le fils même de Dieu, Jésus, le Christ.
Elle est belle la prière d’Abraham. Il aurait bien pu demander au Seigneur de donner la vie sauve seulement aux gens de sa maison, mais non il demande de salut de toute la ville au nom des justes qui sont au milieu d’elle. Dans sa prière, il ne parle pas du mal que font les méchants, les injustes, mais seulement de ces justes qui sont là, dans la ville, jusqu’à oser insinuer que le Seigneur ne saurait « jamais faire une chose pareille : faire mourir le juste. »
Il y a une dernière chose que je veux souligner. On peut bien dire que sa prière n’a pas été exaucée, mais il y a d’autre chose qui s’est passée et qui est merveilleuse. La prière d’Abraham a fait de lui un homme en parfaite communion avec son Dieu, avec la pensée de Dieu. Elle a fait de lui un homme dont le regard se porte vers les justes, mais aussi vers les méchants, un homme qui a prié pour les justes en même temps que pour que les pécheurs aient la vie sauve. Jésus disait bien que Dieu faisait luire son soleil et tomber sa pluie autant sur les justes que les injustes.
Abraham a prié pour les autres, mais c’est aussi à lui que ça a fait du bien.
Il y a un père du désert qui a expliqué ça en disant :
« Celui qui prend de l’huile dans le creux de sa main et en frotte un malade obtient pour lui aussi un avantage de l’onction : car l’huile pénètre sa propre peau. De même, si l’un de nous fait une prière pour un frère, il en partage le profit »
