Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 19 octobre 2020 – Luc 12,13-21
« Quelqu’un demanda à Jésus : Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage. » Ça a l’air que c’était le même problème dans ce temps-là qu’aujourd’hui. Jésus, à nouveau, part d’une situation courante pour donner un enseignement, sa pensée. « Gardez-vous de toute avidité, car la vie de quelqu’un, même dans l’abondance, ne dépend pas de ce qu’il possède. » Ensuite, en bon éducateur, il se fait comprendre en racontant un événement assez courant qui existait de son temps.
Il y a un homme, dit-il, qui avait une bonne terre, de bonnes récoltes. Il était chanceux, il vivait bien. Mais il en voulait plus, de plus grands greniers pour mettre tous ses biens. Il aimerait plus de profit, plus de sécurité pour être à l’abri des imprévus, pour l’avenir. On pourrait bien se dire : qu’est-ce qu’il a de mal à ça ? On peut se dire : « vraiment, cet homme qui a une bonne terre est sage. C’est bien de se construire des biens, de faire des placements, de préparer l’avenir de ses enfants, de se donner une sécurité pour la retraite. Il n’y a rien de mal à ça. Ce sont toutes de bonnes choses. » Jésus ne vient pas condamner la possession de biens. Il ne vient pas nous dire qu’il faut n’avoir rien, ne pas prévoir sa retraite.
Alors qu’est-ce qui ne va pas chez cet homme riche qui veut engranger ? Quel est le point sensible qui fait problème ? Où est-ce que le bât blesse ? Il faut écouter ce que Dieu lui dit : « Tu es fou : cette nuit même, on va te redemander ta vie. Et ce que tu auras accumulé, qui l’aura ? Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même, au lieu d’être riche en vue de Dieu. » Ce qui ne va pas, pour Jésus, c’est que l’homme veut amasser pour lui-même, c’est que l’homme se laisse enfermer par des possessions matérielles. Il est trop attaché à ses biens. On le voit très bien : il parle de « ma récolte, mes greniers, mon blé, mes biens, moi-même. »
Le problème n’est pas d’utiliser ses biens, mais de les voir comme la seule chose qui existe en oubliant les biens spirituels, de s’enfermer le cœur dans ses biens, dans ses possessions. C’est contre cela que Jésus nous met en garde.
Jésus nous dit aujourd’hui : « ne faites pas juste de la place dans votre vie pour les biens matériels, mais faites de la place à des biens spirituels qui sont bien plus importants, des biens qu’on ne peut pas acheter : le regard bienveillant, la charité, la main qui vient nous secourir, la paix qu’on cultive. » Tout cela, ce sont des richesses aussi et des richesses plus importantes que les richesses matérielles.
Que l’eucharistie nous permette d’élever nos cœurs vers des biens spirituels, vers des biens qu’on ne peut acheter, mais qui font vivre. Que notre communion au Corps du Christ nous donne cette nourriture spirituelle dont nous avons tant besoin et qui nous fait « riche en vue de Dieu. »
