Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 19 juillet 2020 – 16e dimanche ordinaire – Matthieu 13,24-43
Un beau grand champ d’avoine ! Plein d’orties, de verges d’or ou de chicorée ! On peut imaginer à quoi ça ressemble ! Encore une fois, Jésus prend une image de la nature pour nous donner un enseignement précieux. Le monde dans lequel nous vivons est à l’image de ce champ ! Le bien et le mal se côtoient : la paix et la guerre, la tolérance et l’intolérance, la solidarité et l’égoïsme, le partage et la course aux profits !
Et puis, si on est un tant soit peu lucide, on peut bien dire encore que, chacun et chacune, nous sommes à l’image de ce champ où se mêle l’ivraie et le bon grain : un mélange de bien et de mal, capables du meilleur et du pire dans la même journée, un mélange d’enthousiasme et de découragement, d’amour et de haine, de générosité et de repli sur soi.
Qu’est-ce qu’il faut faire avec ça ? « Faut-il arracher l’ivraie ? » demandent les serviteurs au maître. « Non ! Laissez-les pousser ensemble ». Réponse étonnante ! Combien d’efforts sont faits chaque jour ! On voudrait tellement se débarrasser de tout ce qui est mauvais ! « Laissez-les pousser ensemble ! » On ne s’attend pas à une réponse pareille surtout de la part de Jésus. Que veut-il nous faire comprendre ?
C’est certain qu’il ne veut pas nous faire accroire que les mauvaises herbes dans un champ de blé, c’est une bonne chose ! C’est bien certain qu’il ne nous demande pas d’aimer le mal, pas plus que lui. D’ailleurs, il nous dit qu’un jour viendra, au temps de la moisson, où on séparera l’ivraie du bon grain. Mais, en attendant, Jésus veut nous enseigner comment lutter contre le mal.
Est-ce en arrachant l’ivraie ? Imaginez un moment qu’on organise une grosse corvée de 50 personnes pour aller arracher toutes les mauvaises herbes dans un champ d’avoine. Moi, je suis convaincu que le soir même, le champ d’avoine serait complètement ruiné. Ce n’est pas en arrachant l’ivraie, en utilisant la violence qu’on pourra vraiment exterminer le mal dans le monde, dans les autres et en nous.
Quand au temps de l’inquisition, au Moyen Âge, on a brûlé des hérétiques, je ne pense pas qu’on a fait avancer beaucoup le règne de l’Esprit-Saint !
Quand, en arrivant dans le Nouveau Monde, on a forcé les gens à se convertir au fil de l’épée, je ne pense pas qu’on ait beaucoup contribué à faire avancer l’Église ! Quand on regarde ces guerres de religion dont on voit encore des traces aujourd’hui, je ne pense pas que cela ait beaucoup contribué à faire avancer le royaume de Dieu. Et puis, pour donner un exemple bien actuel, quand on utilise la violence contre les cliniques d’avortement, on tombe dans le même péché que les avorteurs. Ne pas arracher l’ivraie, ne pas utiliser la violence pour arracher le mal de notre monde.
Ça peut valoir pour nous personnellement aussi ! Au lieu de mettre toutes nos énergies à déraciner notre impatience, notre colère, notre intolérance, on devrait peut-être plus chercher à développer les belles semences qui sont en nous, notre sens du partage, de la justice, nos gestes de bonté, etc… etc… Il faut laisser pousser le bon grain ! C’est ce qu’on fait avec les enfants. Quand on se montre patients et compréhensifs envers eux, on remarque qu’ils se sentent en confiance, qu’ils découvrent beaucoup mieux les possibilités qu’ils ont de progresser et de grandir. Laisser pousser le bon grain !
C’est comme cela que le Seigneur agit ! La 1ère lecture tantôt nous disait que les grands, les puissants, les dictateurs se servent de leur puissance pour faire disparaître tout ce qu’ils n’aiment pas, mais que le Seigneur est bien différent. « Seigneur, toi qui disposes de la force, tu juges avec indulgence, tu nous gouvernes avec beaucoup de ménagement ».
« Par ton exemple, tu as enseigné à ton peuple que le juste doit être humain ». Oui ! le Seigneur nous invite aujourd’hui à faire comme lui, à lui ressembler, à lutter contre mal, mais sans violence et dans l’amour.
« Toi, Seigneur, Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, plein d’amour et de vérité » donne-nous d’être à ton image dans notre monde.
