Mgr J-C. Dufour- 19 janvier 2020 – 2e dimanche ordinaire – St Jean 1,29-34

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 19 janvier 2020 – 2e dimanche ordinaire – St Jean 1,29-34

 

Un jour, un professeur de droit canonique à Rome m’a raconté ceci.  Il était entré en classe en portant sa cravate qu’il décida d’enlever par la suite.  Et juste avant de terminer son cours, il demanda à ses étudiants s’il était entré en classe avec une cravate.  Il  y avait des « oui » et des « non ».   Première leçon, leur dit-il, « Méfiez-vous des témoins ». Combien de fois on a vu des personnes être témoins du même accident, du même feu, de la même dispute et raconter leur version des faits d’une manière tellement différente.

 

Il est question de témoignage dans l’évangile aujourd’hui,  et en particulier de Jean-Baptiste dont on dit « qu’il rendit témoignage ».  À première vue, on ne peut pas dire que c’est bien spécial; on peut être témoin simplement parce qu’on a vu quelque chose.  Et des témoins de Jésus, il y en a eu beaucoup :   les foules, les miraculés,  les anciens, les grands prêtres, les scribes,  Pilate, Hérode et la liste pourrait être bien longue.  Tous pouvaient dire, raconter, témoigner de Jésus; ce dont il avait l’air, comment il était habillé, où il habitait, qui étaient ses parents, etc…

 

Mais l’évangile nous parle d’un autre sorte de témoignage.  Vous avez remarqué ce que dit l’évangile.  Jean-Baptiste voit venir Jésus vers lui et il affirme qu’il ne le connaissait pas.  Surprenant,  Jésus était son cousin.   Mais il ne le connaissait pas jusqu’à ce que l’Esprit lui révèle que Jésus est « l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ».

 

Après la Résurrection de Jésus, des hommes et des femmes, très peu nombreux, ont cru  que Jésus était le Seigneur, l’Envoyé de Dieu, le Messie attendu.  Des hommes et des femmes se sont laissé traverser par la lumière du Christ ressuscité, par l’Esprit-Saint de la Pentecôte et ils ont entrepris de marcher à sa suite et de révéler la Bonne Nouvelle au monde.  Ils sont, nous sommes les témoins de Jésus.

 

Ils ont  été témoins, pas en premier de quelque chose qui s’est passé à l’extérieur d’eux,  de quelque chose qu’ils sont vu de leurs yeux,  mais beaucoup plus d’une expérience intérieure, intime, personnelle, d’une rencontre avec Jésus qui les a profondément transformés.  Et ils sont devenus des témoins  parce qu’ils avaient en eux comme un désir irrésistible d’en amener d’autres à vivre la même expérience qu’eux.

 

Grâce à l’Esprit, Jean Baptiste a reconnu, dans son cousin Jésus, le Sauveur.  Grâce à l’Esprit reçu au baptême, nous avons appris à connaître le Seigneur, à croire en lui.  Grâce à l’Esprit,  nous sommes envoyés dans le monde, pour rendre témoignage, pour faire connaître le Christ, pour le présenter, le faire aimer.  Jésus a voulu que nous soyons ses témoins!  C’est bien clair!  On ne peut pas se contenter de témoignages de l’extérieur, superfi­ciels, qui ne correspon­dent pas avec ce que nous vivons par en-dedans.

 

Ça ne donnera jamais rien de dire « Je te remercie Seigneur de m’avoir transformé », si au-dedans de nous, on se rend témoignage à soi-même en se disant :  « Je suis pas pire,  j’ai réussi à me changer ».   Ça ne donnera jamais rien de dire « Je te remercie Seigneur d’avoir changé mon voisin »,  si au-dedans de moi, je me dis :  « Enfin, je n’aurai plus à le supporter. »

 

On ne peut être témoin que de l’expérience intérieure qui nous habite,  que de notre rencontre intime avec Jésus.    Ça veut dire que c’est là-dessus qu’il faut travailler.  Ça veut dire accueillir l’Esprit de Jésus dans l’intimité de notre cœur qui se met à souffler, à inspirer quand il se sent accueilli dans l’intimité d’un coeur aimant et confiant.

 

Aujourd’hui, nous sommes venus participer à l’Eucharistie.  On devrait y venir avec toute notre vie, avec nos péchés, nos angoisses, nos distractions, nos tendances.   On dit bien « Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir ».   Nous prononçons les paroles du pauvre devant celui qui est toutes richesses, les paroles du pécheur devant celui qui est le Saint de Dieu.  Nous voulons nous ouvrir à l’Esprit,  celui qui a fait connaître Jésus à Jean-Baptiste.   Nous voulons nous remettre entre les mains de Celui qui est à notre recherche et qui demande à vivre en nous.  C’est là que le Christ nous attend!  C’est là qu’il veut nous rencontrer, pour nous transformer radicale­ment… et nous donner ainsi le goût d’être ses témoins.