Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 19 février 2021 – Matthieu9, 14-15
Question de jeûne aujourd’hui! Le jeûne existe partout, dans toutes les grandes religions et même dans le monde dit « profane ».
On le fait pour des différents motifs, soit par esprit de sacrifice ou pour trouver un équilibre de vie. Essentiellement, il s’agit d’une privation, privation de nourriture, privation de certaines dépendances, de certaines pratiques qui ne sont pas essentielles et même de certaines passions qui ont pris trop de place dans nos vies.
Jésus disait aux disciples de Jean-Baptiste : « Les invités de la noce pourraient-ils donc être en deuil pendant le temps où l’époux est avec eux? » Tant qu’ils sont avec le Seigneur, les disciples n’ont pas vraiment de raison de jeûner, ils doivent plutôt profiter de sa présence. C’est le temps des noces, c’est l’heure d’accorder son cœur à la nouveauté introduite par la présence de l’Époux au lieu de se crisper sur les pratiques pharisiennes et légalistes du jeûne.
On voit bien que, pour le Seigneur, jeûner, c’est faire pénitence, c’est expérimenter un manque, c’est une privation, c’est faire l’expérience d’une absence. Quand il ne sera plus là, ils attendront de nouveau sa présence, en exprimant par le jeûne l’absence qu’ils vivent au plus profond de leur être.
La première lecture tantôt nous parlait du jeûne qui plaît au Seigneur. C’est un jeûne qui dépasse largement le cadre alimentaire mais qui exprime des manques. Le prophète nous décrivait ce jeûne : « défaire les chaînes injustes, délier les liens du joug; renvoyer libres les opprimés, et briser tous les jougs? N’est-ce pas partager le pain avec l’affamé, héberger chez soi les pauvres sans abri, si nous voyons un homme nu, le vêtir, ne pas nous dérober devant celui qui est notre propre chair? ».
Au fond, ce jeûne conduit à une conversion du cœur et dans des comportements qui s’ajustent à la volonté de Dieu. C’est un jeûne de miséricorde que le Seigneur nous demande, un appel à être des missionnaires de la miséricorde. Cette miséricorde, elle est le signe de la présence de Dieu, le signe de son pardon, le signe que le Royaume de Dieu est là, parmi nous. C’est le temps de pénétrer le cœur de l’Évangile, pour être à l’écoute de Celui qui vient nous visiter au cœur de notre humanité.
Comme il l’a fait pour nous, que notre vie soit ce pain partagé et donné pour que l’autre vive.
