Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 19 février 2020 – Marc 8,22-26
En nous racontant la guérison de l’aveugle de Bethsaïde, saint Marc nous fait un récit bien étrange, presque un miracle manqué. En tout cas, les gestes et les paroles de Jésus n’ont pas d’effets tout de suite.
On amène à Jésus un aveugle et on le supplie de le toucher. Jésus le conduit hors du village, il lui met de la salive sur les yeux, lui impose les mains et lui demande : « Vois-tu quelque chose ? » Et celui-ci répond « J’aperçois les gens, je les vois comme des arbres, mais ils marchent. » Des arbres qui marchent! C’est loin d’une réussite. Alors, Jésus pose de nouveau les mains sur les yeux et cette fois-ci, l’aveugle voit clair.
Le récit de cette guérison lente, en deux étapes, nous surprend. Mais il ne faut pas se tromper, ce miracle a une signification symbolique importante. L’aveuglement, dans l’évangile, est souvent un symbole d’aveuglement spirituel, d’incompréhension, d’une difficulté à reconnaître Jésus.
De fait, dans l’évangile de lundi dernier, Jésus se butait à l’incompréhension des pharisiens. Hier, Jésus reprochait aux disciples leur incompréhension : « Vous ne saisissez pas ? Vous ne comprenez pas encore ? Vous avez le cœur endurci ? Vous avez des yeux et vous ne voyez pas ? » Et, pas plus tard que demain nous aurons la belle profession de foi de Pierre qui s’écrira : « Tu es le Christ ! » Jésus veut nous dire que nous amener à une foi qui ressemble à celle de Pierre, ça suppose plusieurs étapes comme la guérison de l’aveugle en plusieurs étapes. Ce qui était vrai pour les disciples l’est aussi pour nous; on n’arrive pas tout de suite à voir et à comprendre l’identité de Jésus ; il faut passer par des étapes comme l’aveugle de Bethsaïde.
Jésus « prit l’aveugle par la main et le conduisit hors du village ». C’est dans l’intimité que Jésus guérit l’aveugle totalement, afin qu’il puisse se retrouver chez lui, libre, confiant et heureux d’avoir vu, comme Siméon, le salut de Dieu. Une fois guéri, l’homme se fait dire par Jésus « Ne rentre même pas dans ton village », c’est-à-dire ne rentre pas dans tes habitudes qui enferment l’âme et l’esprit.
Ce que saint Marc nous raconte, c’est une parabole de la vue. Pour dépasser les impressions visuelles, il faut avoir les yeux de foi pour être capables de reconnaître et de comprendre la Bonne Nouvelle de Jésus Christ à travers notre quotidien. Jésus doit déployer bien des efforts pour ouvrir les yeux de ses disciples et les nôtres afin que nous puissions voir et comprendre qui il est.
« Dieu qui veut notre guérison, agis en nous par cette eucharistie. »[1]
[1] Prière après la communion
