Mgr J-C. Dufour- 19 avril 2020 – 2e dimanche de Pâques – Jean 20,19-31

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 19 avril 2020 – 2e dimanche de Pâques – Jean 20,19-31

 

« La paix soit avec vous. »  Ces paroles, le Ressuscité les prononce trois fois dans l’évangile aujourd’hui et nous-mêmes, nous les reprenons en mots et en gestes à chaque eucharistie. Ou bien on aime poser ce geste parce qu’il exprime notre désir d’établir des liens avec les autres, ou bien on ne l’aime pas parce qu’on trouve que c’est un geste qui brise le besoin de recueillement qu’on désire.

Souvent les hommes importants de notre monde se disent la paix entre eux, ça fait partie des discours politiques ; c’est un mot qu’on promène sur des pancartes, qu’on met à toutes les sauces. Souvent, ces mots n’expriment pas grand-chose. Comme le dit un psaume : « à leurs voisins ils parlent de paix quand le mal est dans leur cœur. »  (Ps 27,3)

Lorsque Jésus ressuscité apparaît à ses disciples, il leur exprime la paix. Ces mots sont avant tout Parole de Dieu, Parole créatrice, Parole qui fait du neuf, Parole qui dure depuis des siècles et qui veut remplir tout l’espace de l’univers, Parole qui est projet de Dieu. Pour le Seigneur, dire « Que la Paix soit avec vous » est aussi fort que n’importe quelle autre Parole de Dieu.

Les portes étaient verrouillées et la peur fermait le cœur des disciples, nous dit l’évangile ! Mais quand Celui qui est la Vie vient leur dire « la paix soit avec vous », ils sont remplis de joie. Ce sont les promesses des prophètes qui se réalisent, eux qui annonçaient que la paix serait un des plus beaux dons que ferait le Messie. Dans l’évangile d’aujour­d’hui ce don de la paix s’accompagne du don de l’Esprit, d’une mission confiée aux disciples, du pouvoir de remettre les péchés.

Que la paix du Seigneur, de Celui qui est la Vie, de Celui qui est ressuscité le matin de Pâques soit toujours avec vous. Ce n’est pas une formule de politesse, ni quelque chose de super­ficiel. En vérité, Dieu seul peut dire « La paix soit avec vous » à l’univers entier ; pourtant il met ces mots dans notre bouche pour que nous annoncions la paix, non pas la nôtre, mais celle qui vient comme un don du Christ ressus­cité. « Dans toutes les maisons où vous entrerez, dit Jésus, dites d’abord “Paix à cette maison”. Et s’il s’y trouve un homme de paix, votre paix ira reposer sur lui ; sinon elle reviendra sur vous. »

« À qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus. »  On pense au pouvoir d’absoudre des prêtres, pourtant ce n’est pas exclusif ! Il revient à tous les baptisés d’être des lieux de Réconciliation et de Paix. « La paix soit avec vous », c’est une invitation à porter dans nos cœurs le grand projet de réconciliation de Jésus.

C’est dire quelle respon­sabilité nous est confiée dans le don de la paix ! Il dépend de vous, dit Jésus, que le péché soit remis ou retenu. Dieu est à ce point lié à son Église et celle-ci est tellement le corps du Christ, qu’il nous dit : « ma miséricorde, mon pardon, ma paix passe obligatoirement par vous. »  Quand nous retenons le pardon, la paix, la miséricorde, c’est l’action de Dieu elle-même que nous rete­nons ! Quand nous disons : « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons » dans le Notre Père, nous demandons au Seigneur de nous pardonner parce que nous sommes des agents de Réconciliation, parce qu’on ne retient pas son œuvre de Paix, parce qu’on n’emprisonne pas le don de la paix.

La première lecture nous disait que les premières communautés chrétiennes « avaient la faveur du peuple tout entier ». Il me semble qu’il y a là un souhait pour l’Église de tous les temps et pour notre communauté. Que la paix circule donc entre nous comme une louange au Christ, car nous sommes, par la volonté de Jésus, des annonceurs de paix les uns pour les autres. Et que la paix qui circule entre nous fasse en sorte que nous trouvions un accueil favorable auprès de toute la population, d’une force qui porte en dehors de la communauté la grâce de Pâques qui est la paix du Christ.