Mgr J-C. Dufour- 18 octobre 2020 – 29e dimanche ordinaire — Matthieu 22,15-21

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 18 octobre 2020 – 29e dimanche ordinaire — Matthieu 22,15-21

 

Quand j’avais une célébration avec les enfants, je leur posais des questions sur l’Évangile avant une petite homélie.   Ce n’est pas toujours évident de poser les bonnes questions ! Et parfois les réponses tardent à venir. Mais une fois, on avait écouté l’Évangile de Zachée. Monter dans un arbre comme Zachée, c’était bien intéressant pour les enfants ! Quelle sorte d’arbres ? Tous les arbres du Québec y avaient passé. Et puisque Zachée était publicain, je prenais le temps de leur expliquer que les publicains étaient des collecteurs d’impôts. On était au mois d’avril ! « Est-ce que vos parents aiment les collecteurs d’impôt ? »  J’avais eu une réponse en chœur : « NON… ! »

C’est un sujet brûlant, l’impôt ! Et c’est justement sur ce terrain glissant que les adversaires de Jésus lui tendent un piège, tout fiers d’eux autres, convaincus que Jésus ne pourra jamais s’en sortir.   Mais sa réponse est extraordinaire !

« Hypocrites ! » leur dit-il.   Pourquoi Jésus les traite-t-il d’hypocrites ? Il faut savoir que les pharisiens sont contre les Romains et les partisans d’Hérode sont plutôt favorables. C’est une alliance hypocrite parce qu’ils sont des ennemis, mais qu’ils se mettent ensemble pour tendre un piège à Jésus.   « Hypocrites ! »  Encore parce que pour ou contre les Romains, ils payent tous l’impôt à César. Ils n’ont pas le choix !

Et puis Jésus demande à voir une pièce de monnaie. Imaginez le monsieur qui sort une pièce de monnaie de sa poche ! Il a dû avoir l’air pas mal piteux ! Parce que, sur la pièce de monnaie, il y avait une inscription qui disait : « Tibère, divin César ! »  Les empereurs romains se donnaient le titre de « dieux », si contraire à la religion qu’ils prétendaient si bien défendre.

La réponse de Jésus est extraordinaire : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ! »  Autrement dit : « Rendez à César ce qui lui appartient, mais pas le culte qui revient à Dieu seul ! »  Il faut bien comprendre que Jésus n’oppose pas ce qui est à César et ce qui est à Dieu.

Au contraire, il nous invite à prendre nos responsabilités dans les affaires publiques, à être de bons citoyens, à participer à la construction d’un monde plus juste et plus fraternel. Jean-Paul II dans une lettre écrite invitait à travailler pour « rendre frères les humains de toute race et de toute culture, faire disparaître les divisions douloureuses, les contrastes idéologiques, les disparités économiques et les violences qui oppriment encore l’humanité. »   Tout cela s’enracine dans l’amour du Père et dans l’amour du prochain qui conduit à une véritable libération de l’être humain.

« Rendez à Dieu ce qui est à Dieu ! »  Reconnaître en Jésus l’envoyé du Père au monde, accueillir son Royaume, accueillir son Évangile, un évangile qui n’est pas seulement parole, mais un évangile qui porte du fruit  dans une foi active, une charité qui se donne de la peine, une espérance qui tient bon, une vie chrétienne authentique. C’est toute notre vocation, toute notre mission qui se trouve dans la réponse de Jésus : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ! »

En ce dimanche missionnaire mondial, nous pouvons faire mémoire de ces hommes et de ces femmes, qui sont partis à l’étranger pour annoncer l’évangile de Jésus-Christ, qui font entendre l’appel que Dieu adresse à tous, qui cherchent à faire naître dans le monde un peuple d’évangile.

Saint Paul était de ceux-là ! On l’a vu tantôt se réjouir de son ministère.   Mais, en même temps, il savait reconnaître que les beaux résultats qu’il a obtenus témoignaient de la puissance de Dieu et de l’action de l’Esprit Saint. En le faisant, il rend à Dieu ce qui est à Dieu. Comme Paul, nous pouvons rendre à Dieu ce qui est à Dieu nous aussi, en reconnaissant ce qu’il accomplit dans notre communauté chrétienne en lui rendant grâce dans l’eucharistie que nous vivons ensemble, en communion les uns avec les autres.

Ensemble, avec tous nos frères et sœurs du monde entier et dans la foi, prions pour les missions et soutenons ceux et celles qui, au loin, sont au service de l’Église et souvent des peuples les plus pauvres de la planète.