Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 18 novembre 2024 – Dédicace des basiliques saint Pierre et saint Paul
Matthieu 14, 22-33
La liturgie aujourd’hui rappelle les deux apôtres qui ont fondé l’Église et les deux basiliques érigées en leur honneur. Ce n’est pas des bâtisses qu’on célèbre mais ce qu’elle signifie
Il est donc humain saint Pierre.
On voit qu’il doute dans l’évangile, « Seigneur, si c’est bien toi… » Il est pris de peur lui aussi croyant voir un fantôme.
Il est donc humain, saint Pierre, quand il cherche à protéger Jésus contre ce qui l’attend en disant : « cela ne t’arrivera pas ».
Qu’il se montre donc humain, saint Pierre, quand au jardin des Oliviers, il veut protéger sa propre vie en affirmant « Je ne connais pas cet homme. »
Qu’il est donc humain, saint Pierre quand Jésus lui demande : « Pierre, m’aimes-tu plus que ceux-ci? »
On peut dire la même chose de saint Paul.
Qu’un juif comme lui qui a fréquenté les meilleures écoles ait voulu défendre l’intégrité de la loi juive, c’est très humain.
Qu’il est donc humain ce Paul qui présente ces lettres de créance pour exterminer les chrétiens parce qu’il veut défendre la religion juive.
Qu’il est donc humain, saint Paul qui se considère comme le plus petit des apôtres, et qui pourtant a souffert toutes sortes de tribulations : une écharde dans sa chair, les fatigues, l’épuisement de nombreux voyages, le risque de voyager en bateau, qui a souffert de la faim.
Pourtant, c’est à lui que Jésus a dit : « ma grâce te suffit »; et il lui a confié son projet d’éveiller les nations païennes à un autre Dieu que leurs dieux.
Deux géants de la foi, mais très humains. Deux personnalités très fortes mais aux pieds d’argile.
Ce que j’ai dit de Pierre et de Paul, on peut le redire de l’Église.
Quelle est donc humaine notre Église qui a caché pendant longtemps les défauts de ses prêtres.
Qu’elle est donc humaine notre Église qui, au long des siècles, a recherché le pouvoir, la puissance et la gloire, la première place.
Quelle est donc humaine notre Église, qui comme les apôtres dans la barque, a peur de la tempête.
C’est pourtant à elle que Jésus a confié la clé de sa maison en lui affirmant que rien ne prévaudra contre elle.
Trop souvent, nos yeux s’arrêtent sur les pauvretés de l’Église, sur ses échecs à transmettre l’évangile.
La basilique de saint Pierre est bâtie sur le tombeau de Pierre; même chose pour saint Paul.
Ces deux basiliques qui sont toujours là et depuis longtemps nous rappellent la solidité malgré les échecs, la permanence à annoncer l’évangile malgré toutes les tempêtes.
C’est à nous, comme des basiliques en chair et en os, que Dieu a confié d’aller au large pour révéler sa compassion, sa miséricorde.
Jésus s’est arrêté pour sortir saint Pierre du métier de pêcheurs et lui donner toute sa confiance.
Il a frappé à la porte de la plus grande école des pharisiens pour en sortir saint Paul et lui faire confiance.
Aujourd’hui, il frappe à nos portes pour nous dire comme à ses apôtres, dans l’évangile : « confiance, c’est moi : n’ayez plus peur ».
Nous admirons des édifices dont la structure a résisté au temps.
Mais nous soulignons surtout ce qu’elles représentent,
le courage de deux hommes qui ont tout risqué,
qui n’ont pas eu peur de quitter leur terre d’origine,
tout ça parce que Jésus
était monté un jour dans la barque de leur vie.
