Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 18 mars 2024 – Jean 8, 1-11
Dès le point du jour, selon son habitude quand il venait à Jérusalem, Jésus, assis au parvis du Temple, se met à enseigner ceux qui se pressent autour de lui. Brusquement il est interrompu par un groupe de scribes et de Pharisiens qui pousse devant eux, sans ménagement, une femme apeurée qu’on a surprise en flagrant délit d’adultère.
« Maître, dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes‑là. Et toi, qu’en dis‑tu ? »
C’est un beau piège. Si Jésus dit : « Laissez‑la aller ! », on lui rétorquera : « Tu contredis la Loi de Moïse ! »; si Jésus la laisse mettre à mort, il va contre l’autorité romaine qui se réserve, à l’époque, toutes les exécutions capitales.
« Et toi, que dis‑tu ? » la réponse ne vient pas.
Jésus se baisse et trace des traits sur le sol, sans regarder personnes. Il faut comprendre que la scène ne s’est sûrement pas passé dans la douceur mais dans la brutalité.
Tout le monde s’énerve. Il leur laisse le temps de se calmer puis il se redresse :
« Que celui d’entre vous qui n’a jamais péché lui jette la première pierre ! » Réponse merveilleuse !
Réponse merveilleuse parce que selon la loi, les accusateurs devaient être les premiers à lancer des pierres.
Mais en même temps, Jésus remet les scribes et les Pharisiens devant leur propre condition de pécheurs : vous n’avez le droit de la punir si vous êtes vous-mêmes condamnables !
Jésus de nouveau se baisse pour écrire sur le sol.
Et voilà que tous les accusateurs, l’un après l’autre, s’éloignent, en commençant par les plus vieux, probablement les moins innocents. Tous les accusateurs se sont éloignés.
Ils restent la femme et Jésus, la misère et la miséricorde. Jésus se redresse :
« Femme, où sont‑ils ? Personne ne t’a condamnée ? »
Pour la pécheresse, un regard tout nouveau vient de se poser, un regard qui ouvre l’espérance.
Quelqu’un lui parle et lui dit « Femme, personne ne t’a condamnée ? »
« Personne, Seigneur. »
« Moi non plus je ne te condamne pas, dit Jésus. Va, et désormais ne pèche plus. »
À chaque fois qu’elle sera tentée de renier ses engagements,
elle revivra cet instant de la rencontre dans le Temple,
elle revivra les cris, les brutalités, la haine, le sadisme de tous ces gens prêts à la tuer pour se donner bonne conscience,
et elle reverra le prophète Jésus, calme, écrivant sur le sol;
elle l’entendra lui dire de nouveau ce nom auquel elle croyait n’avoir plus droit,
le nom de sa dignité « Femme, va ; et désormais ne pèche plus. »
C’est cela la merveille de la rédemption : Dieu ne se laisse pas arrêter par notre péché.
« D’un cœur broyé, Seigneur, tu n’as pas de mépris », chantait le Psalmiste;
et Jésus veut voir en nous
beaucoup moins ce que nous sommes que ce que nous pouvons devenir.
