Mgr J-C. Dufour-18 mai 2019-Jean14, 7-14

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 18 Mai 2019

 ( Jean 14, 7-14 )

 

« Seigneur, montre-nous le Père ; cela nous suffit. »

 

On est peut-être porté à dire « pauvre Philippe », mais on devrait peut-être surtout dire « Pauvre de nous », parce que la question de Philippe nous habite.
Nous aussi, on peut bien se poser des questions : qui est-il, celui qui est là et qu’on ne voit pas ?
Celui qui parle et qu’on n’entend pas ?
Celui qui se révèle et qu’on ne connaît pas ?
Où es-tu mon Dieu ?
À quoi ressembles-tu ?
Comment te reconnaître, toi que j’attends si intensément ?
Montre-nous le Père et ça nous suffira.

 

Et Jésus de nous répondre comme à Philippe : « Il y a si longtemps que je suis avec vous et tu ne me connais pas encore ? »
Il faut le remarquer ! C’est tout l’évangile qui est là dans ces quelques mots : « Il y a si longtemps que je suis avec vous… »
Tout l’évangile est là parce que Jésus est là, sans apparence, sans éclat.
C’est trop simple l’évangile parfois ! Dieu était avec Philippe depuis des jours, des semaines, des mois, quelques années ; il marchait avec Philippe au grand soleil et dans la poussière de la Palestine, et Philippe ne le savait pas.
Le Père avait l’accent des Galiléens, le Père, c’était lui l’homme qui marchait, qui apostrophait, qui parlait en paraboles et qui guérissait. Il était là avec Philippe, et Philippe ne le savait pas.

 

On peut bien ressembler à Philippe. Dieu est là avec nous, il marche à nos côtés, mais nous, on s’attend à autre chose.
On attend quelqu’un, mais on veut qu’il soit différent, on veut qu’il soit proche, mais pas trop ; on veut pouvoir le reconnaître facilement parmi les autres. Parfois, on l’attend d’une manière spectaculaire, mais il est déjà là, simplement. Il y a quelqu’un qui disait : « L’annonce de l’évangile n’est pas souvent spectaculaire ; et quand elle est spectaculaire, souvent, ce n’est pas l’évangile. »

 

Le prophète Jean-Baptiste l’avait déjà déclaré : « Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas. »
Faut-il s’étonner qu’on ait tant de mal à reconnaître celui dont il est tout le temps question dans l’évangile ?
Notre attente est tellement grande, tellement immense qu’il devient presque impossible de reconnaître ce Dieu qui marche à nos côtés.

 

« Il y a si longtemps que je suis avec vous et tu ne me connais pas encore, Philippe ? »
Jésus aurait bien pu élargir son affirmation et dire : « Je suis avec vous depuis si longtemps, je marchais à vos côtés, et cependant, Philippe, tu ne m’as pas reconnu, et cependant, Judas, tu me trahiras, et cependant, Pierre, tu me renieras, et cependant, vous allez tous vous enfuir. »
On peut se plaindre de ne pas voir le Père, de ne pas voir Dieu, de le « manquer », mais ce n’est pas lui qu’il n’est pas là, c’est souvent nous qui passons à côté sans pouvoir le reconnaître.

 

Comme Philippe, nous disons : « Montre-nous le Père et nous serons bien contents, satisfaits. »
Et saint Jean vient nous dire dans l’évangile : « vous n’avez pas encore compris, ça ne sert à rien d’aller plus loin, il est là, juste devant vous. »
Si vous ne voulez pas le manquer ou passer à côté, ouvrez vos yeux, prenez le temps de regarder, et pour bien regarder, prenez le temps de vous arrêter comme nous le faisons ce matin en célébrant l’Eucharistie.