Mgr J-C. Dufour-17 novembre 2019-33e dimanche ordinaire «C» Luc 21, 5-19

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 17 novembre 2019 – 33e dimanche ordinaire «C» (Luc 21, 5-19)

Liturgie des Heures : Temps ordinaire, Semaine I

 

Quand j’étais vicaire, en 1966, j’allais porter la communion à une dame âgée

 

de 101 ans, qui, comme par hasard, s’appelait « Mme Lajeunesse ». Chaque fois que j’arrivais chez elle, elle me disait : « quand est-ce que c’est que le Bon Dieu va venir me chercher ? »  Elle était à l’âge des bilans, capable de regarder lucidement sa vie, capable de nommer ses erreurs en se disant qu’elle avait fait son possible. Mais sa foi l’emportait ; elle croyait que son juge la défendrait au nom même de l’amour auquel elle avait toujours cru. Je souhaite que l’Évangile qu’on vient de lire nous situe aussi dans un climat de confiance comme Mme Lajeunesse.

 

Des images terribles dans l’évangile!  « il y aura des tremblements de terre, des famines, des épidémies, des phénomènes effrayants » Jésus ne veut pas d’abord annoncer des catastrophes pour la fin des temps.  Tout ce qui est décrit dans l’évangile est arrivé depuis sa venue.  La détresse existe encore dans notre monde : les guerres qui n’en finissent plus, les peuples affamés, des maladies irréversibles, les changements climatiques, etc. L’Évangile veut surtout soulever le voile qui nous cache la fin de l’histoire en nous révélant quelque chose d’essentiel, le retour de Jésus.

 

Qu’est-ce qui fait que nous avons peur parfois ? Souvent nous nous regardons sans pitié et nous portons sur nos écarts de conduite un jugement sévère, tout sans compter que nous sommes jugés sévèrement par les autres. Nous vivons dans un monde où on pèse le pour et le contre ; où on regarde nos forces et nos faiblesses sans se référer aux intentions.   On nous juge sur l’efficacité, le rendement, la beauté, l’intelli­gence, les diplômes… et tout ça sans miséricorde et sans compassion. La conséquence en est simple : nous nous imaginons que Dieu va nous juger comme nous nous jugeons ou comme les autres nous jugent. La peur ne vient pas de l’Évangile ; elle prend ses origines en nous et dans les expériences que nous vivons.

 

Un peu plus loin dans L’Évangile viendra nous dire : « Voyez le figuier et tous les autres arbres. Regardez-les : dès qu’ils bourgeonnent, vous savez que l’été est tout proche. De même, vous aussi, lorsque vous verrez arriver cela, sachez que le royaume de Dieu est proche. »  La fin du monde, c’est le retour de Jésus, comme un dernier printemps : c’est l’achève­ment de la fête de Pâques, c’est la victoire décisive de Jésus sur toutes les forces du mal.

 

Quand il est venu sur la terre, il y a 2000 ans, Jésus n’a jamais cessé de dire « N’ayez pas peur » et de nous situer dans un monde de confiance. Le message des paraboles et des miracles nous le révèle : le pardon illimité et inconditionnel accordé au fils prodigue ou à la femme adultère, la tendresse et la bonté de Dieu envers le bon Samaritain et les ouvriers de la vigne, sa présence attentive dans des guérisons de toutes sortes. On n’a aucune raison de penser que le Jésus qui va revenir sera bien différent de celui qui est venu. Surtout qu’à son retour, notre juge sera Jésus ressuscité ! Pas n’importe qui, mais celui qui a donné sa vie pour nous, Celui qui est mort et ressuscité pour le pardon de nos fautes. Il me semble que ce juge-là ne peut pas faire autrement qu’avoir un parti pris en notre faveur.

 

Ça ne veut pas dire qu’on n’a pas à s’en faire ! La confiance, ça ne veut pas dire l’insouciance. C’est clair dans l’évangile d’aujourd’hui que Jésus veut nous réveiller, nous inciter sérieusement à entrer dans le monde de son amour, qui se nomme : pardon, service, tolérance, accueil, partage, etc., etc.

 

Il demande à tout le monde de prendre au sérieux les exigences de son amour, pas juste avec des mots, mais avec des gestes, de prendre notre part de responsabilité dans le Royaume qu’Il a commencé. Autrement dit, il nous invite sérieusement à vivre en cohérence avec notre foi.

 

Durant cette eucharistie, demandons à Jésus de nous aider à assumer nos responsabilités et à vivre, jour après jour, confiants et sûrs de l’amour miséricordieux du Père pour nous. Ainsi, lorsque nous aurons 101 ans, comme Mme Lajeunesse, nous pourrons dire « Qu’est-ce que le Bon Dieu attend pour venir me chercher et me faire entrer pleinement dans le monde de son amour ? »