Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 17 Novembre 2018
( Luc 18, 1-8 )
Jésus nous raconte l’histoire d’une pauvre veuve qui fait affaire avec un juge blasé qui finit par fléchir.
Saint Luc nous dit que Jésus, en nous racontant cette petite parabole, voulait faire comprendre à ses disciples qu’il était nécessaire « pour eux de toujours prier sans se décourager. »
Il arrive que des croyants estiment que Dieu ne répond pas à leur prière, qu’ils prient pour rien.
C’est notre espérance que Jésus veut renouveler par cette petite histoire ; il nous révèle que, nous, on ne prie pas un juge inique, mais un Père qui a du cœur, un Père auprès de qui on peut toujours trouver un accueil favorable.
La pauvre veuve demandait au juge de lui rendre justice, mais « Longtemps, il refusa.»
On comprend qu’elle a dû être des plus persévérante dans sa prière. Commencer à prier, ce n’est pas trop difficile, mais persévérer dans la prière, c’est une autre affaire. Cette pauvre veuve fait partie non seulement des personnes les plus vulnérables de son temps, mais en plus, elle fait affaire avec un juge qui se foute de la justice. Elle a toutes les raisons de se décourager, mais elle poursuit sans cesse le juge de ses réclamations parce qu’elle n’a pas le choix, elle est dans l’extrême besoin.
Jésus nous fait comprendre que si la veuve persévère dans la prière, c’est en raison de sa faiblesse et de sa pauvreté. On retrouve la première béatitude : « Heureux les pauvres de cœur, le royaume des cieux est à eux. »
La pauvreté du cœur agit de deux manières : elle nous fait prendre conscience de nos besoins et de nos faiblesses pour ensuite nous placer devant le seul qui peut les combler, le Dieu de justice. La pauvre veuve sait bien que le juge inique est le seul à pouvoir lui rendre justice. Ainsi en est-il pour nous, notre Dieu est le seul qui puisse combler nos besoins les plus profonds.
« Longtemps, il refusa. »
On comprend que la pauvre veuve a dû faire preuve de patience et attendre longtemps avant que le juge lui rende justice.
Ainsi notre prière ! Elle est toujours faite d’attente, d’une attente persévérante. Ça ne veut pas dire pour autant qu’elle tombe dans le vide parce que nous nous appuyons sur les promesses du Christ et sur la présence de l’Esprit Saint. Le Seigneur est déjà là ! Demeurons devant lui dans une attitude de pauvre, le cœur et les mains ouvertes.
En raison de cette attente et de nos impatiences, on peut avoir l’impression de ne pas savoir prier comme il faut, de ne pas savoir exprimer nos demandes de la bonne manière. Il faut presque se résigner à ne pas savoir prier comme il faut, ça nous permet de demeurer dans la pauvreté du cœur, d’un cœur qui demeure ouvert au don qui vient.
On peut se tanner de prier parce qu’on n’obtient pas les résultats qu’on veut, parce qu’il ne se passe rien, qu’on n’a pas de réponse. Là encore, la pauvreté du cœur s’impose. Le pauvre de cœur sait que son Père du ciel a sur lui et sur tous les hommes un regard et un dessein d’Amour beaucoup plus beau, beaucoup plus grand que ce qu’il imagine. La pauvreté du cœur nous permet d’accueillir ce que le Seigneur veut nous donner et comment il veut nous le donner.
« Heureux les pauvres de cœur, le Royaume des cieux est à eux. »
Que le Seigneur nous fasse cette grâce de la pauvreté du cœur pour tenir fidèlement dans une prière confiante en son Amour qui peut et veut le bien pour chacun et chacune de nous.
