Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 17 mars 2025 – Luc 6, 36-38
« Donnez, et l’on vous donnera : c’est une mesure bien pleine, tassée, secouée, débordante… »
Tout l’Évangile m’amène à dire que nous sommes devant la démesure de notre foi. Le pape Jean-Paul II disait que notre religion n’est pas d’abord une religion de morale mais une religion de l’amour. Saint Jean dira la même chose : « Dieu est amour ». C’est pourquoi nous pouvons dire que la Bonne Nouvelle est quelque chose de démesurée.
Tout l’évangile, toute notre foi donne la priorité à la démesure.
Démesure de bonté dans nos paroles, « Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés »,
démesure de charité dans nos actions, « Donnez, et l’on vous donnera, c’est une mesure bien pleine… »
C’est plein de démesure dans l’évangile : « si ta main entraîne ta chute, coupe-là », « si quelqu’un te gifle, tends-lui l’autre joue.
La démesure de notre foi, ça veut dire aussi aller à contre-courant de nos habitudes en allant vers ceux qu’on n’aime pas beaucoup.
Par exemple, le curé d’Ars disait : « si vous avez la charité, n’examinez jamais si ceux à qui vous donnez vous ont fait du tort, s’ils sont sages ou non. »
Jésus a été un modèle incomparable de la démesure à notre endroit.
Divin, il se fait humain. Le Très-haut se fait Très- bas. Il est un modèle incomparable de respect envers chaque humain, en refusant de porter sur nous un jugement définitif.
Démesure aussi dans son regard sur nous, un regard qui atteint une profondeur sans fond.
Jésus nous offre une parole que personne n’a entendue de ses oreilles, une parole que le cœur de l’homme n’a pas imaginée. Saint Paul le proclamait :
« Mais ce que nous proclamons, c’est, comme dit l’Écriture : ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas venu à l’esprit de l’homme, ce que Dieu a préparé pour ceux dont il est aimé. »
Cette parole qui vient du cœur de Jésus ne s’entend que par en-dedans.
Ce n’est pas imaginable ce que Jésus nous invite à faire. Il ne nous propose pas une morale, mais un programme de vie qui est un choix de foi. Le carême ne cessera pas de nous le proposer.
Je vous laisse avec une parole de Christian Bobin, auteur qui a connu un grand succès grâce à un livre consacré à saint François d’Assise. Il disait :
« Il n’y a devant l’amour aucun adulte, que des enfants,
que cet esprit d’enfance qui est abandon, insouciance,
esprit de la perte d’esprit.
L’âge additionne. L’expérience accumule.
La raison construit. L’esprit d’enfance est toujours neuf,
repart toujours aux débuts du monde, aux premiers pas de l’amour. »
