Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 17 juin 2020 – 2 Rois 2,1.6-14
Vous allez peut-être trouver cela un peu curieux, mais je me suis arrêté sur le manteau d’Élie aujourd’hui. Trois fois, il est question de son manteau dans la première lecture.
« Élie prit son manteau, le roula, et en frappa les eaux qui s’écartèrent de part et d’autre. Ils traversèrent tous deux à pied sec. »
On ne peut pas se tromper. Les eaux qui s’écartent, Élie et Élisée peuvent passer à pied sec, c’est un rappel de la sortie d’Égypte, de la grande libération voulue par le Seigneur. Le rouleau d’Élie agit comme le bâton de Moïse, il commande à l’eau, mais le fait qu’il soit enroulé fait penser aussi aux rouleaux des Écritures.
Ce manteau a une histoire. À un moment donné, Dieu se révèle à Élie. Il n’était pas dans l’ouragan, pas dans le tremblement de terre, pas dans le feu, mais dans une brise légère. Aussitôt qu’il entendit cette brise légère, Élie se couvrit le visage avec son manteau. C’était toute une nouvelle révélation pour lui, non pas un Dieu terrible, vengeur, mais un Dieu de douceur. Ensuite, il entendit une voix qui lui disait « que fais-tu là, Élie » ; c’était un appel à poursuivre sa mission.
Une autre fois, ce manteau a servi à appeler Élisée. Élie passa près d’Élisée et jeta vers lui son manteau, une manière de faire comprendre à Élisée, un laboureur, qu’il était appelé à exercer une mission de prophète. En effet, Dieu avait demandé à Élie d’oindre Élisée comme prophète pour lui succéder.
À la fin de la lecture, Élisée « ramassa le manteau qu’Élie avait laissé tomber. Avec le manteau d’Élie, il frappa les eaux, mais elles ne s’écartèrent pas. Élisée dit alors : « Où est, le Dieu d’Élie ? » Il faut remarquer qu’Élisée n’a pas roulé le manteau, il n’avait pas les Écritures, et la question reste-là, tout entière. Où est-il le Dieu d’Élie, qui est-il ? C’est de l’autre côté du Jourdain qu’il comprendra désormais que l’esprit d’Élie était avec lui.
Le rappel de libération d’Égypte, la révélation d’un Dieu différent de celui qu’il imaginait, le choix d’Élisée comme prophète, la question sur Dieu, tout nous ramène à Jésus, dont un aspect en particulier.
D’abord, qu’on pense à Joseph qui avait été vendu par ses frères ! Lorsqu’il arriva près de ses frères, « ils le dépouillèrent de sa tunique, la tunique de grand prix qu’il portait. » Ensuite, ils égorgèrent un bouc, la trempèrent dans le sang, pour dire à son père qu’une bête féroce l’avait dévoré.
Quand Jésus est mort sur la croix, les soldats prirent aussi la tunique, une tunique sans couture, tissée tout d’une pièce de haut en bas. Alors, ils décidèrent de ne pas la déchirer. Pourquoi Saint Jean insiste-t-il sur le fait que la tunique n’ait pas été partagée ? Pourquoi insiste-t-il sur le fait qu’elle soit tissée d’une pièce de haut en bas ? Saint Cyprien disait que la tunique d’un homme est le symbole de son humanité. C’est son humanité que le Christ livre totalement, témoignage concret de cette unité de l’Église qui est un don de Dieu lui-même. « Je crois en l’Église, une ». Saint Jean-Chrysostome dira que la tunique était tissée d’en haut en bas pour signifier que ce crucifié n’était pas seulement un homme, mais qu’il possédait aussi d’en haut la divinité.
Bien discrètement, le manteau d’Élie, devenu celui d’Élisée nous a conduits au Christ, au ton total qu’il a fait de lui-même.
