Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 17 février 2021 – Mercredi des cendres – Matthieu6,1-6.16-18
Dans le livre de Jonas, on peut lire : « Jonas parcourut Ninive en une journée à peine en proclamant : « Encore quarante jours, et Ninive sera détruite ! » La chose arriva jusqu’au roi de Ninive. Il se leva de son trône, quitta son manteau, se couvrit d’une toile à sac, et s’assit sur la cendre » (Jonas 3,4 .6), pour manifester avec toute sa ville sa tristesse devant le péché.
Dans quelques instants, nous avons recevoir les cendres. Si elles disent la tristesse de notre cœur à cause de nos péchés, elles sont aussi un grand signe d’espérance. Les cendres disent que nous désirons nous convertir, que nous désirons un changement profond de notre cœur et de toute notre vie. Mais en même temps, les mots du prophète Joël que nous avons entendu tantôt lançaient un formidable cri d’espérance : « Revenez à moi de tout votre cœur ».
Non seulement un cri d’espérance, mais c’est un véritable cri d’amour que Dieu nous exprime par le prophète, c’est le cri déchirant d’un Père qui souhaite le retour de son enfant. Il faut bien prendre conscience que ce n’est pas Dieu qui s’est éloigné de nous, c’est notre péché qui nous a éloignés de lui. Qu’est-ce que ça veut dire : « Revenir au Seigneur de tout notre cœur » ? Ça veut dire prendre un chemin qui touche le cœur, le lieu le plus intime en nous, le siège de nos sentiments, le lieu où mûrissent nos choix, nos comportements.
Et puis le prophète ajoutait : « réunissez tous les peuples, tenez une assemblée sainte, rassemblez les anciens, réunissez petits enfants et nourrissons ». Il nous fait comprendre que la conversion, ce n’est pas seulement une affaire personnelle, c’est un appel communautaire. Les prêtres eux-mêmes sont appelés à entrer dans ce mouvement de conversion. « Les prêtres, serviteurs du Seigneur, iront pleurer. »
Le chemin du Carême, s’il est un chemin personnel, est aussi un chemin en Église, un chemin communautaire, un chemin ensemble. La grâce que le Seigneur me fait de me convertir a un retentissement sur la communauté et la conversion de la communauté a un impact sur ma conversion personnelle. C’est ensemble que nous avons à revenir vers le Seigneur.
À la suite du prophète, nous avons entendu aussi l’Église reprendre les mots de saint Paul : « Nous sommes donc les ambassadeurs du Christ, et par nous c’est Dieu lui-même qui lance un appel : nous vous le demandons au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu. »
Comment faire pour nous réconcilier avec Dieu ? Jésus nous le disait dans l’évangile en nous parlant de l’aumône, de la prière et du jeûne à vivre intérieurement. Ils font partie de la dynamique de réconciliation voulue par Dieu. Aussi, il ne faut pas les voir comme un poids de plus sur nos épaules, mais comme un chemin qui nous ouvre à la joie.
Qu’est-ce que nous pouvons faire pour laisser Dieu nous toucher le cœur ?
En prenant le temps de nous arrêter auprès de lui, de l’écouter, de partager la Parole de Dieu, de participer le mieux possible à la vie liturgique… en puis en prenant le temps de prêter attention aux autres. Le seul effort qui nous est demandé, c’est de prendre le temps, de prendre le temps pour laisser Dieu agir dans ma vie.
Le pape François disait : « Dieu ne se lasse pas de tendre la main. Il est toujours prêt à écouter… »
Prions-le avec les mots du psaume que nous avons aujourd’hui : « Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde, efface mon péché. Lave-moi tout entier de ma faute, purifie-moi de mon offense. » « Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu » « Rends-moi la joie d’être sauvé ; que l’esprit généreux me soutienne. »
