Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 17 Février 2019 – 6e Dimanche Ordinaire « C » ( Luc 6, 17.20-26 )
Liturgie des Heures : 2e Semaine du temps Ordinaire
Ce n’est pas un secret, tout le monde cherche de bonheur.
Ce ne sont pas les choix qui manquent. Il y a les petits et les grands, il y a ceux qui passent et ceux qui durent, ceux qui sont vrais et d’autres qui sont faux.
Jésus, qui connaît bien le cœur humain le savait.
Aussi, lui aussi nous parle de bonheur, mais il le fait d’une manière déconcertante.
« Tous ces gens que nous considérons souvent comme malheureux : les pauvres, les affamés, ceux qui pleurent, qui ne sont pas aimés, qui sont méprisés, rejetés, Jésus ose les déclarer heureux parce qu’il sait que son Père les voit, les aime, les considère comme ses propres enfants et promet de venir à leur secours. »[1]
Je ne suis pas certain que, spontanément, on ait le goût d’emprunter ces chemins de bonheur.
Pourtant, on ne peut pas se tromper, c’est clair que Jésus nous invite à marcher vers le pays des béatitudes comme il l’a fait lui-même parce qu’il sait très bien que nous cherchons le plus grand bonheur possible.
Au risque de passer pour un peu paresseux, j’ai choisi aujourd’hui de vous lire simplement un texte que je trouve très beau sur les béatitudes, un texte qui cherche à les traduire dans ce qui fait notre vie de tous les jours, dans notre quotidien. En plus, il me semble qu’il peut nous ouvrir au carême qui s’approche. Je lis :
« Heureux les pauvres ! Heureux celui ou celle dont le cœur est assez libre pour être disponible à toutes sortes de rencontres imprévues, assez libre pour faire de chaque instant un espace pour aimer.
Heureux celui ou celle qui est capable de poser un regard fraternel sur tous ces visages qui portent les traces d’une histoire difficile ; heureux celui ou celle qui est capable de demander à Dieu, qui voyage toujours avec nous, que leur dernière station puisse s’appeler le «Royaume des cieux» !
Heureux les doux ! Heureux celui ou celle qui peut entendre, sans s’énerver, les paroles déplaisantes d’un grincheux et prier Dieu de lui accorder un peu de bonheur, en pensant que ce pauvre homme, cette pauvre femme doit bien en manquer pour être de si mauvaise humeur !
Heureux les affligés ! Heureux celui ou celle qui ne juge pas immédiatement la personne qui lui tend la main, mais se demande quel drame elle a vécu pour en arriver là ! Heureux est-il, heureuse est-elle si en plus d’une pièce de monnaie, il sait lui donner une parole aimable ou un simple sourire.
Heureux les miséricordieux ! Heureux celui ou celle qui ne peut jamais banaliser toutes les détresses qu’il côtoie, ni mettre au compte de la fatalité tous ces corps abîmés ; heureux celui ou celle qui se demande comment une société humaine peut s’édifier sans se soucier des ruines de ces temples vivants de Dieu.
Heureux les cœurs purs ! Heureux celui ou celle qui est assez rempli de la lumière de Dieu pour ne pas être troublé par les images lascives qui défilent sous ses yeux ; heureux celui ou celle qui sait se souvenir que le Corps du Christ a ennobli la chair de l’homme et a glorifié tous ces corps que la publicité vend avec mépris.
Heureux les artisans de paix ! Heureux celui ou celle qui, d’un mot ou d’un regard bienveillant, sait désamorcer l’agressivité de ses compagnons harassés par une journée de travail. Heureux celui ou celle qui, insulté par quelques excités, leur garde une immense tendresse parce qu’il sait que leur cœur blessé et habité par Dieu est plus grand que leurs blessures dont ils ricanent pour éviter d’en pleurer.
Heureux les persécutés pour la justice ! Heureux celui ou celle qui, au risque de se faire lui-même réprimander, ose demander poliment à l’agent de police pourquoi il manifeste tant d’animosité à l’égard de l’étranger dont il vérifie les papiers d’identité.
Oui, heureux, heureuses, vous tous qui êtes, partout, à la maison, au travail, dans l’autobus, les Béatitudes vivantes du Christ.
Heureux, heureuses êtes-vous, vous qui propagez, jour après jour, de station en station, des rues de la ville aux portes des cœurs, ce feu d’amour que le Christ est venu allumer sur notre terre. »
Jésus a pris le chemin des béatitudes.
Nous savons et nous croyons qu’il a trouvé le plus grand des bonheurs en ressuscitant le matin de Pâques.
À son invitation, partons en voyage !
Mettons-nous en route vers le pays des béatitudes !
[1] Page titre du Prions en Église de ce dimanche, Jean-Yves Garneau.
