Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 17 décembre 2022 – Matthieu 1, 1-17
Pourquoi avoir un évangile pareil au temps de l’Avent?
Je me le suis demandé pendant longtemps. Mais, avec le temps, j’ai appris à découvrir cet évangile et les belles surprises qu’on avait dans la généalogie de Jésus.
La première vient de la conclusion de Matthieu; il nous parle de quatorze générations. Pourquoi quatorze?
Dans la langue juive, quatorze, c’est la valeur numérique du nom de David, il ne faut pas l’oublier, le messie devait descendre de David. Trois fois quatorze générations, c’est déjà une façon pour Matthieu de dire que Jésus est le roi des rois, un roi qui demeurera à jamais.
Je n’invente pas ça. Le pape Benoît XVI a déclaré qu’on avait dans la généalogie de Jésus « un véritable évangile du Christ Roi. »
Et puis, en dressant la généalogie de Jésus, Matthieu veut encore nous démontrer qu’en s’incarnant, qu’en se faisant homme, Jésus entre dans l’histoire humaine dans ce qu’elle a de plus beau, mais aussi dans ce qu’elle a de plus laid, dans toute l’épaisseur humaine.
Ainsi, l’histoire biblique nous apprend que Ruth était une femme étrangère au peuple juif, que Thamar s’est prostituée avec son beau-père pour concevoir ses enfants, que Rahab était la prostituée de Jéricho, que David a eu un enfant de la femme d’Uri, soldat qu’il avait fait assassiner.
Ce n’est pas toujours du joli dans la généalogie de Jésus, pas toujours très beau, mais c’est dans cette histoire que Jésus s’incarne, une histoire faite de lumières et de ténèbres, de grandeurs et de petitesses, de beautés et de mesquineries.
En dressant la généalogie de Jésus, Matthieu veut montrer comment Jésus s’enracine dans le peuple juif. Pourtant, parmi les cinq femmes qu’il nomme, trois sont des femmes étrangères, des femmes converties, mais étrangères. C’est une façon pour Matthieu de nous montrer, dès les premières lignes de son évangile, que Jésus vient porter le salut au monde païen et à toute l’humanité.
Mais, parmi ces cinq femmes, il y en a une qui occupe une place bien particulière, Marie, « de laquelle naquit Jésus », une façon de nous indiquer que Joseph n’y est pour rien et que Jésus tient son existence d’une autre origine.
Joseph est le père de Jésus selon la loi, mais Jésus vient d’en haut, c’est-à-dire de Dieu lui-même.
Pas n’importe qui celui qui vient de naître.
Le roi des rois qui a plongé dans notre humanité avec ses forces et ses faiblesses.
Cette histoire, y compris la nôtre, Jésus a voulu la porter sur lui, s’en rendre solidaire, la changer, la redresser pour qu’elle soit plus conforme à la volonté de Dieu.
« Il est celui que tous les prophètes avaient chanté,
celui que la Vierge attendait avec amour,
celui dont Jean Baptiste a proclamé la venue et révélé la présence au milieu des hommes. »[1]
[1] Deuxième préface de l’Avent.
