Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie
HOMÉLIE : 17 avril 2020 – Jean 21,1-14
Parfois, lorsque nous avons vécu des moments difficiles, souvent la meilleure chose à faire est de retourner à notre vie habituelle, à notre train-train quotidien. J’ai l’impression que c’est ce que Pierre fait dans l’évangile d’aujourd’hui. Il venait de vivre avec les autres le choc des événements de la passion du Christ, et leur foi dans le Christ ressuscité demeurait bien timide. Pierre a dû se rendre compte que l’inaction des disciples n’était pas une bonne chose. Alors il prend une décision inattendue, une décision qui révèle son tempérament de chef et sa santé spirituelle. « Je vais à la pêche ! » Les autres attendaient justement ce moment : « Nous allons nous aussi avec toi. »
Pierre leur propose de reprendre un travail qu’ils connaissaient très bien, celui de pêcheur qu’ils doivent faire en équipe. Ça leur fait du bien ! Et pourtant, ils vont pêcher toute la nuit sans rien prendre. Et c’est justement à ce moment-là que Jésus apparaît, au moment où ils ne prennent rien. Il va commencer par leur donner un signe, celui d’une pêche abondante. Ils avaient déjà été témoins que Jésus était intervenu lors de grands manques : le manque de vin aux noces de Cana suivi d’un vin abondant, le manque de pain d’une foule qui avait écouté toute la journée suivi de la multiplication des pains. Chaque fois qu’il y a des échecs Jésus donne l’abondance en quelques instants. Vraiment, quand Jésus exauce, c’est toujours royal.
Tous les disciples ont été témoins de la pêche miraculeuse, tous ont pu voir la réussite, mais un seul a eu l’éclair de la foi, comme ça avait été le cas lors de la visite du tombeau. Il était assez pauvre de lui-même pour percevoir ce signe de Jésus au milieu de leur vie quotidienne. Il s’écrie : « C’est le Seigneur ! » Et aussitôt, on entend quelqu’un qui plonge et qui s’empresse de foncer vers le rivage. Si le disciple que Jésus aimait a été le premier à reconnaître le Seigneur, Pierre a été le seul à se jeter à l’eau. Il voulait sans doute laver ses reniements avant de rencontrer le regard de Jésus. Il avait péché lourdement, il fallait qu’il soit le premier à revenir vers Jésus. Ce jour-là, au petit matin, il fera l’expérience merveilleuse du pardon de Jésus.
En effet, dans la cène qui suit, Pierre vit un tête-à-tête avec Jésus qui ne lui fait aucun reproche ; le mot « pardon » n’est même pas prononcé et Pierre proclamera son amour pendant trois fois. Ce jour-là, Pierre fera l’expérience du pardon de Jésus ; il se découvre pardonné, comme recréé par un amour plus puissant que toutes nos morts spirituelles.
Vraiment, Jésus n’a pas la même vision que nous. Cet homme qui l’a renié, Pierre, va devenir la pierre de fondation de l’Église. Le ressuscité choisit comme pasteur de son troupeau un homme capable de lâcheté. Non seulement il sera au service du grand Berger modèle, il ira, lui aussi, jusqu’à donner sa vie pour le troupeau de Jésus.
Contemplons Jésus qui ne cesse de nous étonner et de nous émerveiller.
